21 avril 1997

Une des raisons principales pour lesquelles je me suis séparée de Paul était son effort de me couper de mes enfants. Me couper de ceux que j’aime le plus, ce à que je tiens le plus. Il s’est cassé les dents de dessus.

Il avait réussi à me manœuvrer, dire qu’il « sait mieux ce qu’il me faut, comment vivre mieux ». Il me montrera! Il m’a emmenée vers où il aimait vivre lui et la société d’où il était issu ou au moins où il est grandi.

Quand il est venu vivre avec moi, chez moi, mon fils était en vacances. Sa présence l’avait par la suite gêné. Il espérait qu’il partira bientôt étudier en Amérique. Lionel a décidé de rester, il a d’abord failli ses examens, puis il ne s’est pas inscrit aux diverses Universités américaines, il a commencé finalement travailler avec moi… brillamment.

Paul était de plus en plus furieux, haineux, jusqu’à ce qu’il se soit complètement dévoilé, son masque d’amabilité est tombé tout à fait.

Exit Paul.

Quelque mois plus tard, Lionel est parti en Amérique.

Je suis restée seule.

Deux ans plus tard, Lionel devait revenir à la maison pour faire son service militaire. Je l’attendais déjà. C’est alors que j’ai rencontré François. Il a bouleversé ma vie, moi, beaucoup, beaucoup plus profondément que Paul. Je savais que cette rencontre est importante.
J’avais pris François et Lionel avec moi en vacances pendant un long week-end à Deauville et Esternay des aiguilles d’Arsen Lupin, dès le début de notre rencontre. Je me disais que s’ils s’entendent, si s’allait entre eux, je reste avec François. Lionel m’a vu rayonnante de joie comme jamais, François était plus ou moins morose, mais chaud avec Lionel. Un ours qui sortait rarement de sa cave, mais quand il en est sorti, il ne sortait pas ses griffes.

Lionel est parti à l’armée revenant rarement. Il était assez rassuré pour s’inscrire à l’armé encore six mois. 18 mois après notre excursion, il est venu vivre deux mois avec nous à la compagne. François était déjà habitué à être l’unique personne choyée par moi et acceptait difficilement Lionel qu’il sentait comme le menaçant.

J’étais déchirée, cette fois vraiment. Je les aimais profondément et je ne voulais pas être obligé à choisir. Je voulais qu’ils s’entendent bien. J’avais l’impression que c’était la faute de François, cassant, furieux, mais Lionel faisait aussi tout - une fois qu’il observait un mauvais regard de François - pour être provocant, le blesser.

Mon Dieu ! Je ne vais pas renoncer à mon fils! Je ne veux pas renoncer à l’amour de ma vie qui avait tellement besoin de moi, non plus. Je souffrais profondément.

François me disait que je me fais d’illusions, Lionel qu’on essayait d’enseigner aux bases d’informatique avait de tels trous, de tels manques en son apprentissage que jamais il ne pourrait les combler, comme moi, j’espérais. (Mais il avait dit le même de moi dix ans auparavant.)

Je n’ai pas renoncé à aucun d’eux.

Lionel a commencé à travailler. Étant bilingue (en fait tri) il enseignait l’Anglais aux Français et français aux Américains et autres étrangers. Il a prouvé encore une fois son excellence : il est un professeur très doué. Il s’est rendu compte de ses « trous » et pour ne pas avoir honte devant ses propres élèves, il s’est acheté des livres et il s’est remis à étudier. Il s’est mis à étudier sérieusement pour la première fois dans sa vie, étudier seul. Un livre, deux, trois, de plusieurs points de vue sur un même sujet. Et il en a pris goût.

Il avait décidé d’étudier, obtenir des diplômes. Devenir « businessman » comme sa mère, pas question. « Trop mercantile ! » Devenir informaticien comme François « Pas intéressant ». Il voulait aider. Comment ? Devenir psychologue. Je n’y croyais pas énormément, François non plus. Mais un diplôme et toujours bien et il y tenait. Faut laisser choisir sa voie.

Au fur et à mesure des années, il se rendait compte de la futilité de plupart de ses professeurs. Avec l’aide de mon amie Alina au début, de François et de ses propres copines, surtout due a sa propre volonté, il est arrivé jusqu’à la Maîtrise. Il n’a pas réussi à écrire son rapport et il y est resté deux ans.

Entre-temps, il a fait un programme informatique pour une société et il s’est prise aux jeux. Je lui avais apporté des bouquins importants sur la psychologie de l’interface utilisateur.
Tiens ! Il veut faire un DESS d’Ergonomie. L’interface entre l’informatique qui le passionne de plus en plus et la psychologie. En plus, regardant le programme qu’il a fait en Visual Basic et Excel, il est fort doué en ceci aussi.

Il y avait beaucoup de rencontres orageuses entre François et Lionel au cours des années. François m’a dit une fois : « Ce qui me fait le plus mal est qu’il ressemble tellement au jeune que j’étais ; il commettra les mêmes erreurs. »

Au fil des années Lionel a appris de le laisser parler, essayer de comprendre, se rendant compte de plus en plus de la chance d’avoir un pareil aide, en apprenant laisser dormir sa fierté que François heurtait souvent.

Nous sommes samedi.

C’est la fin de la première semaine de travail, du stage payé de Lionel comme ergonome. Il vient d’appeler et parler. Quelques minutes avec moi, et plus d’une heure avec François.

Quel bonheur !

Les deux hommes que j’aime le plus au monde se comprennent, s’estiment, se consultent mutuellement.

J’ai obtenu ce que j’espérais, même mieux.

Lionel a enfin un vrai père, un père sur qui il peut compter, à qui il peut parler. Pas indulgente comme les mères, moi inclus. Sévère, mais juste. Fort. Un exemple dont il avait toujours besoin. Travailleur, fonceur, penseur, créatif.

J’ai deux hommes à chérir et qui m’aiment profondément. Ils s’estiment et se comprennent enfin mutuellement.

1 commentaire:

Sophos a dit…

c'est vrai que c'est dur des hommes entre eux.
Quant à la réflexion de francois sur Lionnel, Manu a fait le même genre, envers mon ainé. Mais il ne lui reproche pas de faire pareil...ilessaye juste de lui éviter certains éccueils...
Mais c'est dur quand les deux se ressemblent, et forcement s'accroche tant ... :-(
Même s'ils s'aiment, sans vouloir se le dire, forcement !
En plus, Nathan est encore jeune (bientot 13 ans), plus jeune qu'était Lionnel, et du coup, la sagesse du jeune .... n'est pas encore d'actualité !
Pour ma part, j'ai du avoir la même attittude que Lionnel, envers mon pèr ... mauis également plus tard, vers 30 ans .... !!!!

sophos