Revoir ma vie avant sauter (b)

J'ai terminé avec brio le lycée technique, en troisième position de la promotion et malgré ça, à cause de mon “origine bourgeoise” on ne m'a pas laissée aller à l'Université. Ça m’a causé beaucoup de chagrin. Je sens encore cette douleur du jour où tous les autres ont commencé l'année universitaire et que je n'étais pas parmi eux, j'étais dehors. J'avais tant de peine !

C’était tellement injuste. Comme la disparition de ma cousine c'était indépendant de nous, sans relation, discrimination aveugle. Encore une fois, persécutés à cause de notre "origine”.

Á 18 ans je commence à travailler. Comme ouvrière, je suis admise au cours par correspondance de l’école Polytechnique. Nous étions 2.000 à le commencer, seulement 36 à terminer, j'étais la 5e l'avoir fini.

Pendant la journée je travaillais comme technicienne chimiste à l’Institut de Recherches. Quand je me décourageais, la 5e symphonie de Beethoven ou mon amie Alina m'aidaient, me rendaient le courage. Aux garçons, je pensais seulement de loin, j'avais d'autres priorités : travailler, étudier, me cultiver. Six ans d’études du soir, mais j'étais parmi les premiers à terminer.
Terminer ? Presque. Mais là, c'est encore une nouvelle période dure, puis heureuse de ma vie.
Vers 23 ans je deviens plus jolie, moins maigre et je connais mes premières sensations sensuelles. Le plaisir d'être caressée, le plaisir des premiers baisers. Je n'ai pas eu de principe contre coucher avec un garçon que j’aime et qui m’aime, mais aucun de ceux qui le voulaient ne méritait pour moi à m’y lancer.

Vers la fin de cette période je termine mes examens de l'Université. Puis je perds mon travail et l’on m’interdit de passer l'Examen d'État nécessaire à mon diplôme d'Ingénieur, trois jours avant sa soutenance, parce que nous avions demandé le droit de quitter le pays. Et aussi à cause d'Elena Ceausescu. Pour un refus de lui céder le bureau où je travaillais depuis cinq ans.

“Lèse-majesté” involontaire de ma part, je lui ai dit : “domine tes nerfs !”

Elle m'a fait jeter d'un jour à l'autre hors de mon travail de recherche. Malgré les « circonstance atténuantes » je ne savais pas qui elle était. “Qui est cette névrosée ?” Surtout qui elle allait devenir. Je n’ai jamais parlé d’elle, ni écrit dans mon journal jusque maintenant - et pour une fois, j’avais raison. Elle avait été très méchante et très dangereuse.

Et tout le monde n’avait pas eu ma chance de s’en tirer... avec sa vie de ses griffes.

J'avais 25 ans. Sandou, ma décision de devenir sienne, d’aller jusqu'au bout avec lui. Après un flirt de (presque) deux ans, une promenade et une nage au clair de lune dans un lac et dans la forêt. Je ne me trouve pas changée du tout, après la première fois, je suis très étonnée. Mais ensuite un sourire mystérieux arrivera.

Au lieu de travailler, après qu'on m'ait retiré même le droit de travailler comme manœuvre pour remplir des fioles d'essence pour les briquets, pendant une année entière j'ai étudié le Français et l'Anglais, huit à dix heures par jour, par la suite ces études m'ont beaucoup servi. Je me suis rendu compte seulement plus tard combien je devais encore apprendre.

3 commentaires:

Jean a dit…

Quel courage , quelle volonté !

Comme vous , et au même âge , dans les moments difficiles j'écoutais la cinquième de Beethoven .
Puis ce fut le Requiem de Mozart , La passion selon Saint Jean de Bach .
La musique est une aide considérable quand on est désespéré !

julie70 a dit…

Merci pour le commentaire,

le 5e de Beethowen, m'a aidé moi aussi (et c'était la première fois que je l'entendais) quand j'avais eu vers 22 ans des difficultés avec mon chef au travail.

Oui, la musique aussi, mais pour moi c'était surtout les études et les livres par la suite.

sophos a dit…

Même si tu n'en as pa parlé beaucoup, dans tes carnets, on sent ici combien ton origine a pesé lourd dans ta vie, dans les "choix" qui ont été fait, indépendament de toi, de ce que tu valais. Mais juste parce que tu n'étais pas comme ci, ou venant de là, ou d'origine différente.

C'est quelque chose de lourd à porter, je pense.
Et qui t'as "couté" beaucoup, en famille, en amies, en travail ....

Sophos