Lac de Garde, Italie

Ils partirent en vacances en Italie en 1975, à côté de Lac de Garde.

Toute la famille était déjà embarquée dans leur Peugeot 404, quand d’un coup Sandou s’exclama :
— Où tu a mis nos passeports ?
— Nous n’avons pas besoin de passeports pour l’Italie. Je ne les ai pas pris.
— Comment as-tu pu faire ça ! L’oublier, les laisser ! Incroyable ! T’es bonne à rien ! On ne peut pas te faire confiance, même à tout préparer.
— Mais nous n’aurons pas besoin.
— Qui sait. Tu auras du les prendre. Heureusement que j’y ai pensé.
Grommelant, rouspétant, il retourna les chercher.
« Pourquoi ? » se demanda-t-elle.

Ils trouvèrent un camping juste au bord du lac, tout près de l’eau. Sandou monta le tente, emprunté de comité d’entreprise de son travail. Une petite place pour les enfants, un autre pour les adultes et même une sorte de petit salon couverte avec deux fauteuils pliants. On gonfla les matelas pour dormir. Il faisait beau.

Le matin, dès l’aube, Julie et ses enfants plongèrent avec plaisir dans l’eau tiède et propre du lac du Garde. Le mari se décida de se promener avec le barque qu’il avait acheté d’un collègue.
— Je viens, dit Julie.
— Si tu tiens.
Les enfants ont trouvé d’autres gosses pour jouer, puis se sont couchés pour faire une sieste. Sandou cherche à trouver motif de querelle. Julie est trop contente à réagir. Il continue, il trouve autre chose pour l’irriter, la faire réagir, l’exploser.
« Tiens, qu’arrive-t-il ? Que cherche-t-il ? Oh ! Il le fait expresse. Il veut à tout prix trouver un motif pour se fâcher. Mais pourquoi ? Pourquoi ? De toute façon, je n’entrerai pas dans son jeu ! Quoiqu’il dise, je ne lui répondrai pas. »

Finalement, après qu’il a perdu des rames, qu’il l’a tenu au soleil pendant des heures, tout en sachant qu’elle n’en a pas le droit, que le docteur lui a déconseillé de s’exposer, en voyant que toujours elle n’explose pas, il lui sort des sujets anciens, douloureux. Rien à faire.

Julie sourit en elle même, elle sourit aussi à son mari, bronzé, se rappelant de choc sexuelle qu’il lui a causé dans leur jeunesse avec son bras bronzé et musclé :
— J’ai envie de…
— Rentrons, dit-il, la repoussant
— Un seul baiser, ici, au milieu du lac
— Pas maintenant !

Ils rentrent.
Le mari déclara aussitôt froidement :
— Je pars voir mes parents.
— Maintenant, soudainement ?
— J’amène mon fils avec moi
— Et nos vacances ?
— Tu restes ici, avec ta fille, mon frère viendra demain, il restera avec vous.
— Tu ne peux pas me faire ça ! Changer tout qu’on avait décidé pour vacances.
— Je reviendrai...
— Quand ?
— Dans une semaine
— Tu me laisses ici, sans voiture ? Sans savoir seule manipuler le bateaux ?
— Je pars toute suite ! après avoir fait mes bagages
— Reste au moins cette nuit, qu’on le passe ensemble
— Pas question
— Encore deux heures
— Laisse-moi en paix !
Il est parti, aussitôt.

Elle l’attendait. Avec patience au début, avec impatience plus tard. Sa voisine de camping voulait connaître son mari, il n’arriva pas. Sa voisine était convaincue qu’elle avait menti, qu’elle vivait seule.

Julie bouillait intérieurement. S’il l'avait averti, elle aura pu organiser ses vacances autrement. Le lac était beau, sa eau douce, mais attendre encore et encore était amère. « Jusqu’au quand ? » se disait-elle, de plus en plus amère.

Sandou n’arriva qu’au bout de douze jours, vers le fin de leur vacances.
Il était en plus fatigué, irrité, irascible, encore pire que au départ.
— On s’en va !
— Aujourd’hui ?
— Plions bagage. Vite ! Au travail, rassemble tout !

Sur le chemin, fatigué, il passe le volant à Julie et s’endort.

Sur l’autoroute l’embouteillage, on avance lentement.
Au réveil, Sandou s’écrie, irrité :
— Dans tout ce temps, quatre heures, tu n’as pas avancé que ça !
— Il y a trop de monde, le retour de vacances
— Donne-moi le volant !
Il reprend la voiture et commence à conduire comme un fou, en faisant de slalom, dépassant, changeant du fil, accélérant brutalement, klaxonnant.
— Arrête ! J’ai peur, j’ai marre, je descends !
— Tais-toi, tu es folle !
— Arrête ! J’en ai assez. Je veux descendre, je ne me tairai plus.
— T’es dingue !
— Si cela continue ainsi, je vais divorcer. J’en ai assez de supporter tout.

Le mot était lancé pour la première fois par elle, mais cette fois tout à fait sérieusement, cette fois-ci, elle le pensait, elle le désirait vraiment. Sandou était allé trop loin, en se moquant d’elle. En tout.

Mais elle avait toujours peur de lui, de ses réactions soudaines, de ses colères subites, des conséquences. Comment obtenir d’emmener les enfants ? Il lui avait dit, et aussi signalé pendant les vacances : « une pour toi, l’autre pour moi ». Non, jamais cela , elle ne va pas se séparer de ses enfants, ni de l’un ni de l’autre.

Elle s’absorba dans le travail et ses études de nouveau.

Deux mois plus tard, elle sorti au milieu de nuit au toilettes. Par terre elle trouva une lettre. Une lettre d’amour, une lettre désespéré, un appel au secours, une lettre pleine d’interrogations et discussions. Discussions sur l’avenir commun entre l’auteur de la lettre et Sandou.
« Non, ainsi n’est pas bien, faisons-le différemment »

La lettre a été écrite par qui ? « Ce n’est pas possible ! » se dit Julie.

Si. La lettre a été écrite par la jeune fiancée de fils de cousin du Sandou, un garçon à peine sorti de son service militaire. Une femme qui voulais s’en échapper du pays où habitait les parents de Sandou, une jeune femme de la famille, que Sandou a séduit. Elle lui rappela leurs amours, leurs complicités d'une façon tout à fait explicite. « Faisons autrement, pas comme tu l’as proposé, lentement » lui écrivait-elle. Julie était d’abord prostrée, choqué. Puis révoltée.

Je l'avais écrit en troisème personne, l'écrire autrement me faisait toujours trop mal, même après tout ce temps.

Je me suis demandée en 1975 : Vais-je attendre qu’il décide de mon futur comme il l’a fait de mes vacances ? Qu’à un moment donné il me met devant un fait accompli ? Pas possible ! Je divorce! Je serai mieux seule. Et puis, cette fois-ci, en plus, j’ai une arme en main. Sandou ne voudrait sûrement pas que je montre à sa famille cette lettre, sa famille qu’il a ainsi et si abjectement sali. »

Presque trente ans plus tard, j’ai retrouvé dans la cave deux autres lettres de la même jeune femme. Après tout ce temps, elles m’ont encore heurtées. Je vais vous le publier aussi. Et en décembre, il y a juste deux mois, j'ai tombé sur son portrait de mariée et je suis revenue encore malade. Pourquoi toute ceci me heurte encore après tout son temps passé?

5 commentaires:

Louve a dit…

Oui Julie les souvenirs ont un étrange pouvoir celui de nous transporter dans le temps et rouvrir les plaies que l'on croyait guéries... mais aussi nous rendre les bonheurs évanouis...- Louve

coyote des neiges a dit…

Même si je ne commente pas souvent, je tiens juste à te dire que je lis toujours ton histoire et que c'est toujours passionnant.
Pas de commentaires, parce qu'on reste sans voix, c'est tout.
Ta façon de passer de la première personne (je) à la 3e (elle) nous montre que certains passages te heurtent et que tu prends une distance. Juste ce fait nous parle, nous raconte un peu des sentiments que tu avais et as encore...
Continue!

France a dit…

Difficile de ne pas avoir mal avec toi en lisant, jour après jour. Difficile de ne pas sentir des sentiments négatifs monter envers lui. Tu as beaucoup enduré, j'espère sincèrement que tu es maintenant bien traitée dans ta vie.

julie70 a dit…

Merci, merci, pour vos commentaires, j'en ai, j'en avais besoin!

sophos a dit…

visiblement, il a toujours su te heruter, te trahir, dès le début ...

Mais je sens en toi monté que c'est trop ..et que tu ne vas pas tarder à le quitter.
Et vivre enfi
J'espère ne pas me tromper !
sophos