La fin du Bip

19 décembre 1992

Encore une fin d’année qui s’approche. Demain je vide complètement Bip et en quelques semaines la comptabilité finie, Bip aussi légalement fini, sinon dans mes souvenirs et quelques dernières tracasseries.

Ce n’est pas grave, j’étais dégoûtée de ce local depuis que le propriétaire du logement de Paul a couru après moi et j'évitais d'y aller pour qu’il ne m’y trouve pas. À ce moment-là, quelque chose s'est cassé en moi relativement à ce local, pourtant agréable.

Pourvu que rien n’arrive, qui casse quelque chose si gravement, si profondément, si irréparablement entre François et moi!

Est-ce le moment de faire le bilan de cette année ?

Au début, je suis allé trop vite, trop en avant. J’ai été trop visible, donc trop jalousée et oui - trop orgueilleuse et pas assez attentive à ce que je disais.... En mai, ou même avant, la cabale a commencé contre moi, plus fort, plus profond que je le croyais. Et je n’ai pas suivi le dicton “n’accule personne au mur !" qu'on m’avait appris pourtant il y a quelques années.

Bon, dommage, mais une leçon.

Trash me trompe-t-il ? Il m’a dit avant-hier : « Personne n’est capable de vivre autrement que selon sa propre nature, même s’il sait que ce n’est pas bien. Avec la tête on le sait, mais pas avec nos tripes. »

Bien sûr tout comme Gorbatchev et Vaclav Havel nous voulons changer des choses. Je dois retrouver le merveilleux discours de Havel tenu à l’Académie Française, quand je l’ai lu j’avais déjà une prémonition! On veut faire évoluer, aider. Hélas, la vie, les gens ont leur propre rythme et n'aiment pas être bousculés. Mais ce qu’on a semé va fleurir, s'accomplir, arriver - même si l'on n’est plus là, en train de diriger, de le soigner, l’arroser, disait-il.

Le temps est venu pour nous d’aller ailleurs, en avant, on a réussi à apporter ce petit mieux qu’on peut espérer et d’autres choses nous attendent, m’attendent, intéressantes, merveilleuses. Bien sûr, ce n’est pas toujours visible, bien sûr ce n’est pas trop agréable de lutter et d’être arrêté par des intrigants sur le chemin. Mais il y a tellement de voies. Tellement plus riches. La vie va m'en trouver, et moi, je lui donnerai un coup de main.

Nous avons créé le cours de troisième année avec François. Encore une improvisation. Chacun de nous, lui, Lionel et moi, à sa manière a apporté et a contribué à cette réussite. Et les briques sont tombées merveilleusement, comme si on avait répété, planifié le tout en détail, longtemps à l'avance. Pourtant on y a ajouté beaucoup de choses que nous avons appris seulement les dernières semaines et préparées juste quelques jours auparavant. C’était un excellent travail d’équipe, aucun de nous n’aurait si bien pu le réussir sans les autres. C'était enrichissant et m’a convaincue que je suis bonne pédagogue. Il faudra vraiment écrire ce cours, en faire un livre. Comment? Avec qui? On verra.

Ce cours me parait le plus positif pour moi pour cette année.

Quel progrès j’ai fait depuis ! Ça, c’est quelque chose de valable.

Oui. Trash ne voulait pas me laisser y aller, mais s’est rendu compte que je ne céderai pas là-dessus, c’était trop important pour moi. Est-ce un signe? On verra. Qui vivra, verra. Avec le temps, la vérité apparaîtra.

L’opportuniste fait ce qui lui parait le mieux momentanément. Lui suis-je utile ? Plutôt comme bête noire que comme conseillère!? Je commence à penser à tout cela avec détachement. C’est bien.

« Étudie autant que tu peux », me dit Stéphanie. Elle est très optimiste pour l’avenir de mon travail, mais pas ici, pas à Cnam. Bon, on verra.

Aujourd’hui j’ai eu beaucoup de chance, j'ai trouvé des déménageurs pour Bip. Je pensais devoir travailler deux semaines même avec l’aide de la famille et des amis pour en finir et tout vider. Ils le feront à notre place en une seule journée. Ainsi je pourrai me reposer, me soigner, m’amuser, nous pourrons nous promener, nous aimer jusqu’à la fin de l’année!

Bonne fin d’année!

Cette année 1992 a été aussi l’année Minitel rose pour François. Non, ceci ne nous a pas rapproché l’un de l’autre. Hélas. Mais la vie, dixit Stéphanie, est ainsi : quand on croit trop que tout va bien, qu’on est trop heureux et trop sûrs de nous, bang ! un coup sur la tête pour nous réveiller, pour nous apprendre à être moins orgueilleux, moins plein de nous. Nous rappeler que nous ne sommes pas “mieux que les autres”. Voilà.

J’espère que la vie trouvera qu’elle m’a donné assez de leçons pour le moment et s’arrêtera. Qu’au moins ce qui est entre nous restera, sans se casser. Ni lui, ni moi nous ne trouverons mieux, nous le savons. Mais ce n’est pas assez. Le cœur doit être là aussi en entier et non pas en petits morceaux et cela de la part de l'un comme de l'autre. J’espère toujours.

Je sens que le mois de janvier sera décisif, d’une façon ou d'une autre. L’année prochaine : m’occuper de ma santé, maigrir, me reposer, réfléchir, me détendre. Vivre.

Bonne nuit, Julie.

3 commentaires:

sophos a dit…

que de bonnes résolutions ;-)
c'est vrai que parfois on se dit que la vie nous a mis beaucoup d'obstacles sur notre chemin,e t que ce serait bien si parfois, un chemin un peu plus facile se déroulait devant nous ... malheureusement, même quand on est dans de bonnes conditions, il y a toujours des obstacles.
La seule différence est que dans ces cas là, on est plus fort pour passer ses obstacles.

Mais ils seront toujours là, cela, la vie me l'a bien appris.
a nous de nous armer pour les affronter.

Sophos

julie70 a dit…

j'espérais, mais c'était une année très dur pour moi avec tout ce qui était arrivé et ranger dix ans de travails acharnés, trier, c'était à faindre le coeur (feindre?) pour moi, a ne pas parler de mon mari plongé pendant toutes mes heures de travail en minitel rose! et dépensant aussi une fortune avec ça, en plus de tout que cela a mis dans sa tête,

mais bien sûr, les difficultés nous forges, sauf que de temps en temps on pourait faire sans et sans un chef impossible en plus

sophos a dit…

oui, je suis bien d'accord .... si seulement les pauses étaient un peu plus longue, que de profit nous ferions .... Cela nous permettrait de nous poser, d'apprendre mieux du passer, et non pas toujours à la va-vite, à chaque chose un peu plus forte en douleur, qui nous arrive !

sinon, c'est fendre le coeur. c'est assez imagé, et je pense que cela correspond bien. ton coeur a du se briser pour ette société dans laquelle tu avais tant mis, de ta vie, d'espoir, de dynamisme, de force.
C'était beaucoup de toi !

quand au chef ...oui, je connais .... :-((

Sophos