Je n'ai plus un havre

1 avril 1992

Ionel a réussi ses examens de façon extraordinaire. Je savais qu'il peut! Agnès s'entend bien avec Don. Je leur ai envoyé de beaux survêtements. François est très heureux avec le piano électronique que je lui ai acheté. Mais notre maison devient insupportable, à Cnam je croule sous le travail et les problèmes, ma santé n'est pas florissante. Mon mari est de nouveau fatigant, hypernerveux, et moi aussi, je suis de plus en plus fatiguée et irritée.

Il faut faire quelque chose de radical, sinon notre santé, notre travail, notre vie vont souffrir davantage.

Je n'ai plus - lui non plus - un havre de paix, de repos, de détente.

Je me demande quelquefois s'il a jamais su se détendre ? J'ai besoin de ces heures de détente, de l'endroit paisible et agréable que j'avais ici, et qui n'existe plus. J'ai fait de la PLACE pour lui, pour ses affaires, ses livres, ses papiers, ses outils, etc. etc. Et ce n'est jamais assez.

Il a toujours besoin de plus, il met ses affaires partout : sur le fauteuil, sur la table, même sur le lit, partout il y a plein de papiers et de dossiers. Il hurle de plus en plus à n'importe quelle question que je lui pose, si anodine soit elle. Je ne crois pas qu'on va survivre à son envie soudaine de titularisation. On se détruira avant, puisque ses nerfs, ensuite les miens, ne supporteront pas tant de tension cachée ou exprimée.

J'aurais besoin de réfléchir en paix, dans un endroit calme. J'ai toujours réussi à créer un foyer - sinon ordonné dans le sens des pédants - mais très agréable, chaud, amical.
Dans ces conditions de travail à la maison, les deux petites pièces qui croulent de documentations, d'anciens journaux, de vaisselle achetée de nouveau et encore, d’habits éparpillés sans cesse, de choses à ne pas toucher, ni ranger, ni déplacer - non, cela devient de plus en plus invivable.

François me promet sans cesse que ça va s’améliorer “je suis en train de ranger“, mais ensuite il s'enfonce dans une nouvelle étude qui lui paraît d'un coup intéressante, indispensable, vitale, urgente. Déjà pour marcher il faut se frayer un chemin. Je suis agressée constamment même dans notre lit, mon lit, par des choses déposées dessus, des tas à ne pas déplacer - où aller alors?

J'avais un salon agréable, hier j'étais déjà prête à tout déplacer, tout jeter, mais en fait, même cela n'est pas une solution. Je suis trop accablée, fatiguée pour être assez ferme et il n'arrive pas à comprendre qu'on va vers la catastrophe, entre nous, de santé, ou les deux.

Je n’ai pas encore fermé Bip puisque François m'avait promis qu’il y déplacerait son travail là-bas. Ça sera peut-être la solution, mais je n'en suis pas sûre.

Faudra-t-il habiter séparément ?

J’ai besoin d'un chez moi, ça me manque de plus en plus !

Ne se rend-il pas compte ( ?) que pour moi c'est une agression, qu'on ne peut, qu’on n'a pas le droit de marcher sur les pieds des autres seulement parce qu’on a besoin de plus en plus de place.

Y a-t-il des limites chez lui ?

Ce que les autres sentent, compte-t-il pour lui ?

Il m'étouffe de plus en plus et - de nouveau - je me laisse de plus en plus dévorer. Jusqu’à ce que je me révolte et que ça casse. N'y a-t-il pas un autre moyen?

Par ailleurs c'est tellement fantastique de vivre et communiquer avec lui. Mais puis-je me laisser détruire?!

Je n'en peux plus ! Je suis trop fatiguée et déprimée, même pour chercher une solution, s'il y en a une. Il doit y en avoir une, mais laquelle? Voudrait-il la réaliser?

Le printemps arrive et même quand on s’en va s’amuser, nager ou qu’on écoute la musique, François hurle, crie, s’impatiente. Où s'en va ce printemps-ci ? Si nous devenons heureux loin l'un de l'autre, au lieu de se réjouir de se revoir, de parler, être ensemble, alors quelque chose va très, très mal et il faut vite réagir. Réfléchir. Tous les deux. Comment le remédier, le changer?

Je me réjouis d'être tranquille quand il n'est pas là mais en même temps il me manque. Le soir quand il vient près de moi, je n'arrive plus à me blottir près de lui comme avant. François se cache pour faire tranquillement ce qu'il veut et en même temps il ne sait plus quoi faire pour me contenter... me rapprocher de lui.

Non, ça ne va pas bien de deux côtés. D'où est-ce arrivé? pourquoi? Quand? Surtout, comment en sortir?

11 avril 1992

Est-ce qu’il existe des gens mariés qui s'entendent et peuvent vivre tranquillement, agréablement, longtemps ensemble? Vraiment, ou seulement dans nos rêves? Peut-on y arriver ou cela n'existe que dans nos souhaits?

Hier, nous sommes allés nager, ça nous a fait du bien. J’avais cru déjà que tout allait bien, que tout allait s'arranger entre nous. Hélas, aujourd'hui rien ne va plus de nouveau. Qu'est–ce qu'il nous arrive?

À cinq heures du matin j’avais encore sommeil, et alors?

Je devrais avoir plus de patience. Ne pas prendre trop à cœur ses manifestations de mauvaise humeur.

1 commentaire:

sophos a dit…

on ne peux pas toujours être celle sur qui tout porte. Ni qui supporte sans rien dire.
Sinon, cela explose. Cela fatigue.
on n'est plus nous même, on se pert.

EJ ne sais pas si on peut être deux ...sans dispute.
Même en s'aimant.
APrfois, on prend tellement sur soi qu e l'on devient hyper sensible, et un rien nous fait bondir.
Pourtant, parfois, c'est vraiment rien, mais cela débouchera sur une grosse crise. Malgré tout.

L'amour, c'est, ma foi, très motivant, très gratifiant.
Mais aussi il faut toujours faire des efforts pour le conserver ;-)
A deux, on peut le faire durer très longtemps, je pense.
Mais seul (sur les deux) cela fini par craquer.....

Nous sommes deux aujourd'hui, j'epsère que cela durera très longtemps ,-)

sophos