23 août 89

Ima, Anyuka, Maman. J'ai la grande joie d'avoir pour quelques semaines Agnès et Lionel autour de moi. Hélas, François se promène avec une figure désagréable, triste - presque tout le temps. J’espérais avoir du bon temps, des vacances en famille, mais comme François se sent exclu et se comporte comme tel, ce n'est pas possible. En plus, mes nerfs ne supportent plus sa mine affolée, catastrophée, boudeuse, coincée, qui réapparaît à n'importe quel moment chez lui.

J'ai des problèmes financiers, mais je SAIS que c'est momentané et je ne me laisse pas déranger dans ma joie par cela. François ne comprend pas pourquoi je ne m’inquiète pas plus et pourquoi je remets à plus tard certains problèmes pour me consacrer presque totalement à mes priorités : aider mes enfants et écrire, finir si possible le livre, apprendre à mieux programmer, me promener et reprendre ainsi mes forces. Me lever à 6 heures du matin, travailler à "ma manière" jusqu’à 11 h, sans gagner d'argent tout de suite. Travailler avec plaisir et qui sait, comme d'habitude, trouver ensuite comment le faire fructifier.

On m'aime. François m'aime lui aussi, autant qu'il le peut, à sa manière. C'est dans son caractère de s'affoler si vite.

Je crois que je vais essayer de vivre à Paris un mois seule, laissant François vivre ici, dans sa maison. Venir le voir ou inversement. Mais être moins ensemble. Pour avoir plus envie de se revoir et avoir plus de tranquillité quand on est ensemble.

J'aime être ici à la campagne moi aussi, mais seulement quand cette maison reste un havre de paix. Sinon, on peut s’en aller vite quelque part, à Montmartre par exemple.

Donc le laisser à La Celles et partir à Paris!

J'ai eu de nouveau quelques jours d’amour, de chaleur, de tendresse et même de grande créativité. Ensuite, de nouveau des tensions, douleurs au cœur, et le sentiment d'éclater. Et oui, j'ai besoin de crier (hurler?) quelquefois et ici je peux finalement encore moins crier, éclater qu'à Paris. Je me remets sur pieds et puis d'un coup, j'ai l'impression d'être de nouveau déséquilibrée.

Bien sûr, cela dépend de deux éléments : d'un côté ce qui me pousse, mais aussi parce que je ne suis pas assez sûre de moi. Mon équilibre n'est plus assez stable. C'est à cela que je dois surtout réfléchir, pourquoi ? Que faire pour le regagner?

Équilibre. Vivre dans la Tranquillité. Est-ce possible avec un homme névrosé ? Bon, intelligent, tendre - mais malade. Au lieu d’aller mieux, il va de mal en pis. Je peux surmonter beaucoup d'épreuves si on ne m'ôte pas mon courage, tout le temps.

“Lutter pour ma tranquillité et lutter pour conserver l’estime de moi-même!" (écrivais-je en 1986), c’est encore valable aujourd'hui. Qu'est-ce qui arrive ? Est-il possible de conserver en même temps ça et François? C'est là, la question.

François m'apporte la chaleur et la tendresse humaine, me permet de ne pas me sentir seule, de pouvoir communiquer (?), de me sentir utile, d'être ensemble. Je suis adulte. Mais les adultes aussi ont besoin des autres, d'un autre, de chaleur, de "défi intellectuel"... Quel en est le prix que cela vaut ? qu'on peut se le permettre ?

Je n'aime pas lutter ! et j'aime être moi-même. Qu'on ne me dise pas ce que je dois manger, quand et comment, ce qu’on doit faire ou ne pas faire ! Même quand il ne le dit pas, il crée une telle pression...

Je ne le supporte plus, je craque, mes nerfs se détruisent.

Où est-il, que reste-t-il de la "grande loterie" ?

Une année, est-ce tout le temps pendant lequel je puis être heureux avec quelqu'un ? Une année avec Sandou (la deuxième après mon mariage), une année avec Pierre, une avec l'affreux Paul. Oui, il y a eu Larry aussi, mais fort peu, qu'importe, j'étais très heureuse.

Et aussi seulement une année de bonheur avec François ? Est-il vraiment fini mon bonheur? Tout n'a été qu'un mirage? Où est le problème, où est la solution ? Pourquoi tout a tourné au vinaigre ?

Je ne veux pas laisser détruire mes rêves !

Je ne veux pas ne pas pouvoir être détendue avec mes enfants

Je ne veux pas avoir peur de le voir éclater de nouveau

Je ne veux pas être inquiète de ce qui va encore lui déplaire

Je ne veux pas sentir une angoisse en moi.

Je veux vivre tranquille, étudier, me reposer, être indépendante,

Je veux garder mon visage "agréable" et détendu,

Je veux rire de rien ou de tout, sans que cela choque,

Je veux avoir du plaisir dans les moments de ma vie sans pressions

Je veux vivre sans ses inquiétudes pour le futur projeté sur moi.

François est hélas très influençable et depuis que l’éditeur adjoint de la revue a projeté sur nous une certaine lumière, partielle, un point de vue subjectif et superficiel, il y croit, il le voit tel. Pourtant il y a tellement plus entre nous. Il le sait, mais il ne peut pas en même temps ne pas être influencé par les préjugés des autres, même pratiquement des inconnus.



Stéphanie m’a conseillé de faire une liste et y mettre d’un côté les qualités, de l’autre les défauts de François, l’étudier, réfléchir : vaut-il pour moi de continuer?

Au lieu de me pencher sur François j'avais probablement besoin de faire un bilan sur moi-même et reprendre confiance. La voilà. J'ai ouverte un cahier spécial, à part. Son titre: "Que faire?"

1 commentaire:

sophos a dit…

on voit bien toute ta volonté d'essayer quand même d'avoir envi d'y croire.
Mais en mêm etemps, le besoin d'être toi, et seuleument toi, sans "être" une autre pour Francois.

Pas facile de concilier les deux en même temps .....
Sophos