15 décembre 1990
C'est difficile de croire qu'il y a seulement un mois (et dix jours) que je me suis mariée! Je suis une mariée très très heureuse et très fière d'être mariée avec François. L'aurais-je cru, il s'avère un mari fantastique!
Depuis notre mariage, j’ai eu aussi plusieurs succès professionnels qui laissent présager de bons lendemains, avec moins de soucis matériels et en plus, intellectuellement satisfaisants. Mes leçons sont appréciées à Sorbonne, mes cours de formation estimés à l'EDF, j’ai été nommée responsable Macintosh à Cnam... Dépannage en tout genre, mais aussi pour conseil et formation. Là-bas, je pourrais (et je dois) apprendre à communiquer sur le Net interne et externe.
Et ce merveilleux sentiment de l’union, d'aimer et d'être enfin bien aimée, vraiment, sincèrement aimée et d'avoir quelqu’un qui a profondément besoin de moi.
Oui, nous avons besoin l'un de l'autre, des choses que l'autre peut offrir et offre affectivement, intellectuellement. J'espère que nous allons réussir à conserver ce lien extraordinaire. Comme Stéphanie nous avait dit : « Vous avez gagné le gros lot ! Tâchez de le préserver.»
J'espère que nous allons réussir à ne pas dissiper ce bonheur et que nous allons réussir à le faire durer, durer. C'est tellement bon. Ceci nous transforme tous les deux, nous rendant meilleurs qu'avant, mieux qu'hier.
Je suis dans l'avion vers Washington. Ma fille Agnès se marie avec Don, un garçon qui l'apprécie et l'aime. Avec lui, elle peut être enfin vraiment femme et peut-être, bientôt aussi mère.
À cette occasion, j'ai eu mal au cœur pour Lionel, qui m'a raconté sa façon d'accepter que son père soit alcoolique. J'étais étonnée, je n'avais jamais pensé à Sandou comme à un alcoolique, ce qui montre que les premières impressions changent difficilement - même contre des évidences - mais aussi parce qu'en ma présence, il ne se comportait pas comme je pensais que font les alcooliques. Cela a du être très difficile pour Lionel d'accepter, de continuer à aimer son père, de lutter contre lui-même pour ne pas en avoir honte.
Je devrais lui raconter que j'ai commencé à faire la paix avec mon père après avoir admis que je le haïssais pour la façon dont il essayait de diriger toute ma vie. À partir de ce moment-là, j'ai pu faire “semblant de l'écouter”, papa a compris que j'étais grandie, mûrie, et il a relaissé les rênes en me faisant confiance, en pensant que je pourrais me débrouiller aussi avec les autres, la relation entre nous est devenue plus normale.
Ces deux - trois dernières années financièrement pénibles pour moi ont été peut être bénéfiques pour mes enfants : ils se sont rendu compte que je suis humaine et pas “super woman” comme je le leur paraissais quelquefois. Et l'entente entre François et moi, et même les mésententes de parcours, leur ont montré une relation réelle, vraie du couple.
Aimer et tenir à l'autre, tel qu'il est, mais sans abdiquer sa personnalité!
François est dorénavant fier de mes succès auxquels il a contribué lui aussi, autant qu'il a pu, autant que j'en avais besoin. Il n'est plus jaloux de mes réussites, cela me remplit de bonheur.
Julie, attention, quand même!
Mais j'espère que notre livre, son premier livre sera un succès et va compter beaucoup pour montrer ce dont il est capable, ce dont moi, je sais qu'il est capable.
C'est un tel bonheur d'aimer enfin quelqu'un qui est en beaucoup de domaines plus savant, plus intelligent que moi, peut être même plus chaleureux. Je me suis endurcie à travers les épreuves de la vie, mais je deviens plus “chatte” chaque jour en me rendant compte que je peux... Et nous nous complétons : dans la vie quotidienne, ses jugements, je suis plus lucide et avec de meilleurs instincts.
Je crois que nous ferons un livre fantastique. Je n'aurais pas dû m'engager dans un deuxième : pourrai-je faire un bon livre sur un thème imposé ? Oui, si je mets l'accent sur ce qui me passionne, la psychologie derrière l'interface utilisateur Macintosh, si je réussis à illuminer ce livre ainsi, il peut en sortir quelque chose d'original “à la Kertész”.
16 septembre 1990
J'ai beaucoup voyagé, vu du monde, appris, et pendant qu'on m’admirait énormément pour ma réussite commerciale, je me disais et je leur disais aussi puisque n’en étais convaincue « Attention, c'est seulement un hasard heureux, dû au travail et un peu de talent ! »
J'ai su très bien le faire démarrer, je n'ai pas su faire durer le succès.
Peut-être aussi à cause de Paul qui m'a leurrée, mais surtout à cause des circonstances, de la vie. C'est arrivé à d'autres pionniers aussi. Je n'étais pas de taille à lutter longtemps contre des "pro" qui le font seulement pour l'argent. Il ne me restait pas beaucoup d’argent même quand cela marchait le mieux, mais il y avait quand même plus qu’aujourd'hui. Je n'avais pas tant de soucis d'argent, comment payer mon loyer, etc. comme maintenant...
Trop de dettes de Bip se sont accumulées et je ne comprends pas bien comment. Comme d'habitude, je m’en sors. Après que les ventes ont déclinés et que ce que je croyais le bonheur avec Paul se fut avéré tromperie, j'ai écrit en 1986, ensemble avec Pierre Brandeiss, “une bonne plume française”, un livre sur PostScript, un très bon livre. L’année suivante, nous écrivons ensemble un autre livre sur HyperCard, devenu le best seller informatique de l’année 1988.
Je croyais savoir écrire. Je nageais dans le bonheur de la création.
En réalité, je sais apprendre, comprendre, en tirer l'essentiel, réarranger, regarder sous de nouveaux angles. Expliquer simplement, clairement et d’une façon utilisable. Je sais écrire d’une façon amicale, proche des autres, positive. C'est beaucoup, c'est énorme mais... ce n'est pas assez.
Il faut encore quelqu’un qui me comprenne, prend ce que je fais, le décrit dans un français agréable à lire, quelqu'un qui peut subir mes suggestions et critiques.
Depuis, j'ai eu de nombreux projets de livres tombés à l'eau, qui courent... courent, attendent que je trouve le partenaire avec qui les finir. J’ai essayé avec trois, mais pour une raison ou une autre, cela n'a pas abouti, et seule, hélas, ce n'est pas "ça", même si avec le temps mon écriture s’améliore. On verra.
Puis, à 54 ans, j'ai rencontré François!
C’est une nouvelle époque de ma vie. J’ai enfin quelqu'un qui s’intéresse vraiment à ce qui m'arrive ; qui veut être beaucoup avec moi - au début c'était même trop. Il est apparu après que j'avais renoncé déjà à être femme : “je suis trop âgée pour ça dorénavant” me disais-je. Je me rends compte que oui, j'aime la solitude, mais quand même sa tendresse c'est.. ! j’en ai besoin.
Nous sommes venus d'horizons différents, mais nous nous sommes reconnus dans une tendresse réciproque. J'ai enfin trouvé quelqu'un d’intelligent, cultivé, sachant énormément de choses. Quelqu’un curieux d'apprendre encore, plus, de nouveau et toujours - comme moi. Quelqu'un qui a l'ambition de me rendre heureuse. Et il réussit.
Puis, d'un coup, il lui arrive d'être malheureux d'un rien, que le plus souvent je ne comprends même pas et ne devine pas... fantômes du passé?
Mais ceci ne dure plus aussi longtemps que l’année dernière.
Après deux ans, et un bonheur durable de cinq mois, nous nous sommes décidés à nous marier début novembre. Par coïncidence, juste dix ans après la mort de papa, jour pour jour.
J'espère que nous saurons bâtir un NOUS heureux, la plupart du temps.
Ne pas se faire trop de mal, rendre l'autre heureux, s'aider à vivre mieux et plus pleinement ces années qui ne sont plus innombrables, qui nous restent encore dans notre vie.
Rire. Faire des folies, des souvenirs qui comptent, des câlins qui chauffent le cœur, le corps et l'âme. Des discussions qui nous enchantent. Regards chauds qui comptent tant!
PS Les petits entrées du journal, écrits au fur et à mesure paraissent comme autant de scènes, on a l’impression d’y assister. La litanie ci-dessus et trop longue description des problèmes surmontés dans ma vie me parait à la relecture ennuyeuse. La couper? l’écourter? modifier?
Je comprends la besoin de revoir ma vie, la décrire autrement, avant de sauter, mais si jamais je publie ceci, il faut l’écourter ou le faire disparaître. Je m’endors en le dictant, alors qui continuera à la lire!?
6 novembre
Je n’arrive pas à croire que demain arrive bientôt ! et que nous serons mariés.
J'ai su très bien le faire démarrer, je n'ai pas su faire durer le succès.
Peut-être aussi à cause de Paul qui m'a leurrée, mais surtout à cause des circonstances, de la vie. C'est arrivé à d'autres pionniers aussi. Je n'étais pas de taille à lutter longtemps contre des "pro" qui le font seulement pour l'argent. Il ne me restait pas beaucoup d’argent même quand cela marchait le mieux, mais il y avait quand même plus qu’aujourd'hui. Je n'avais pas tant de soucis d'argent, comment payer mon loyer, etc. comme maintenant...
Trop de dettes de Bip se sont accumulées et je ne comprends pas bien comment. Comme d'habitude, je m’en sors. Après que les ventes ont déclinés et que ce que je croyais le bonheur avec Paul se fut avéré tromperie, j'ai écrit en 1986, ensemble avec Pierre Brandeiss, “une bonne plume française”, un livre sur PostScript, un très bon livre. L’année suivante, nous écrivons ensemble un autre livre sur HyperCard, devenu le best seller informatique de l’année 1988.
Je croyais savoir écrire. Je nageais dans le bonheur de la création.
En réalité, je sais apprendre, comprendre, en tirer l'essentiel, réarranger, regarder sous de nouveaux angles. Expliquer simplement, clairement et d’une façon utilisable. Je sais écrire d’une façon amicale, proche des autres, positive. C'est beaucoup, c'est énorme mais... ce n'est pas assez.
Il faut encore quelqu’un qui me comprenne, prend ce que je fais, le décrit dans un français agréable à lire, quelqu'un qui peut subir mes suggestions et critiques.
Depuis, j'ai eu de nombreux projets de livres tombés à l'eau, qui courent... courent, attendent que je trouve le partenaire avec qui les finir. J’ai essayé avec trois, mais pour une raison ou une autre, cela n'a pas abouti, et seule, hélas, ce n'est pas "ça", même si avec le temps mon écriture s’améliore. On verra.
Puis, à 54 ans, j'ai rencontré François!
C’est une nouvelle époque de ma vie. J’ai enfin quelqu'un qui s’intéresse vraiment à ce qui m'arrive ; qui veut être beaucoup avec moi - au début c'était même trop. Il est apparu après que j'avais renoncé déjà à être femme : “je suis trop âgée pour ça dorénavant” me disais-je. Je me rends compte que oui, j'aime la solitude, mais quand même sa tendresse c'est.. ! j’en ai besoin.
Nous sommes venus d'horizons différents, mais nous nous sommes reconnus dans une tendresse réciproque. J'ai enfin trouvé quelqu'un d’intelligent, cultivé, sachant énormément de choses. Quelqu’un curieux d'apprendre encore, plus, de nouveau et toujours - comme moi. Quelqu'un qui a l'ambition de me rendre heureuse. Et il réussit.
Puis, d'un coup, il lui arrive d'être malheureux d'un rien, que le plus souvent je ne comprends même pas et ne devine pas... fantômes du passé?
Mais ceci ne dure plus aussi longtemps que l’année dernière.
Après deux ans, et un bonheur durable de cinq mois, nous nous sommes décidés à nous marier début novembre. Par coïncidence, juste dix ans après la mort de papa, jour pour jour.
J'espère que nous saurons bâtir un NOUS heureux, la plupart du temps.
Ne pas se faire trop de mal, rendre l'autre heureux, s'aider à vivre mieux et plus pleinement ces années qui ne sont plus innombrables, qui nous restent encore dans notre vie.
Rire. Faire des folies, des souvenirs qui comptent, des câlins qui chauffent le cœur, le corps et l'âme. Des discussions qui nous enchantent. Regards chauds qui comptent tant!
PS Les petits entrées du journal, écrits au fur et à mesure paraissent comme autant de scènes, on a l’impression d’y assister. La litanie ci-dessus et trop longue description des problèmes surmontés dans ma vie me parait à la relecture ennuyeuse. La couper? l’écourter? modifier?
Je comprends la besoin de revoir ma vie, la décrire autrement, avant de sauter, mais si jamais je publie ceci, il faut l’écourter ou le faire disparaître. Je m’endors en le dictant, alors qui continuera à la lire!?
6 novembre
Je n’arrive pas à croire que demain arrive bientôt ! et que nous serons mariés.
Revoir ma vie (fin partie 1)
Je trouve un appartement en haut de la Butte Montmartre. Je l'aime tout de suite, Je commence à enseigner l'Informatique. Au revoir Chimie, tu ne me manques pas: l'informatique devient rapidement une vraie passion. Et j'aime enseigner, j’aime même programmer. Découvrir, apprendre.
Agnès n'a plus voulu revenir en France, elle reste étudier en Amérique, bien loin de moi. Lionel, après six mois avec son père, vient habiter à Montmartre, mais il se cherche difficilement, longuement. Enfin ! Il commence à lire et à aimer la lecture. Et moi, je forme la société BIP : bureau de l’informatique personnalisée.
Un travail dur, BIP devient pour moi comme un bébé, un enfant, mais plus tard il devient de plus en plus lourd à porter - beaucoup plus lourd qu'un enfant. Au début c'est un grand succès commercial, le fruit d’un énorme travail, de beaucoup de persévérance et aussi de chance. Je découvre subitement que j'aime vendre, que je sais vendre. Sais-je encore?
J'ai mal à la main. Je continuerai une autre fois. Bonsoir et au revoir !
Agnès n'a plus voulu revenir en France, elle reste étudier en Amérique, bien loin de moi. Lionel, après six mois avec son père, vient habiter à Montmartre, mais il se cherche difficilement, longuement. Enfin ! Il commence à lire et à aimer la lecture. Et moi, je forme la société BIP : bureau de l’informatique personnalisée.
Un travail dur, BIP devient pour moi comme un bébé, un enfant, mais plus tard il devient de plus en plus lourd à porter - beaucoup plus lourd qu'un enfant. Au début c'est un grand succès commercial, le fruit d’un énorme travail, de beaucoup de persévérance et aussi de chance. Je découvre subitement que j'aime vendre, que je sais vendre. Sais-je encore?
J'ai mal à la main. Je continuerai une autre fois. Bonsoir et au revoir !
Le mois horrible (revoir ma vie)
Arrive ensuite un nouveau choc, un nouveau tournant de ma vie : le mort de mon père. Un mois, le plus affreux de ma vie, à cause de la méchanceté incroyable qui l'a entouré. Pire que dans le roman policier le plus sombre, et j'y suis plongé jusqu’au cou. Je lutte, je défends papa, je nous défends autant que je peux. Et cette fois, ce n'est pas si mal, ce que je peux ; dans ces circonstances je n'aurais pas pu faire mieux. Puis papa meurt.
Je l'ai vu pleurer une seule fois, quand il s'est rendu compte qu'il allait mourir. Mais pas quand il comprit la méchanceté des autres, il m'a seulement dit : "Allons-y, partons d'ici rapidement, je comprends maintenant ce qu'il veulent..." Mais le docteur ne voulait pas qu’il sorte.
Où aller ? Déborah, sa deuxième femme, ne voulait plus de lui à la maison. Et il n'était plus transportable, au loin. Ils ont même réussi de chasser la bonne infirmière que je lui avais trouvée : “Pardon” m'a dit l'infirmier (après la mort de mon père), il avait été payé pour le tourmenter - mais c'était trop tard.
J'espère qu’il y a une justice qui punit finalement ceux que nous ne pouvons pas punir, ceux qui sont d'une méchanceté incroyable. Comme le propre frère de papa, qui m’a dit quand je l'ai appelé à l'aide puisque l'infirmier tourmentait mon père, fermait son nez pour l'obliger à avaler : « Enfin il va apprendre à obéir et ne pas en faire qu'à sa tête ! »
Oui, mon oncle haïssant papa est mort jeune, seulement quelques années après mon père, malgré les seize ans de différence d'âge. Je ne sais pas si toute méchanceté est punie dans ce monde, mais c'est réconfortant de le penser.
Je reste de nouveau sans maison, sans home et sans travail, on ne me permet pas de rester en Amérique.
Une nouvelle vie va recommencer, à Paris à 47 ans.
De nouveau, tout reste à reconstruire.
Vous pouvez imaginez, ce que ça m'a fait d'entendre la voix de ma cousine qui ne m'avait plus parlé depuis lors. Elle a fait semblant de vouloir parter de famille, mais en fait elle voulait seulement s'assurer d'inhéritance plus grande, ma belle-mère se sentant mal, il parait. Elle m'avait claqué la porte au nez "tu n'as pas été sympa avec ta belle-mère" me disait-elle alors. Après tant d'années, il y a des choses qui heurte encore. Mais je vais réussir à les enfuir de nouveau.
Je l'ai vu pleurer une seule fois, quand il s'est rendu compte qu'il allait mourir. Mais pas quand il comprit la méchanceté des autres, il m'a seulement dit : "Allons-y, partons d'ici rapidement, je comprends maintenant ce qu'il veulent..." Mais le docteur ne voulait pas qu’il sorte.
Où aller ? Déborah, sa deuxième femme, ne voulait plus de lui à la maison. Et il n'était plus transportable, au loin. Ils ont même réussi de chasser la bonne infirmière que je lui avais trouvée : “Pardon” m'a dit l'infirmier (après la mort de mon père), il avait été payé pour le tourmenter - mais c'était trop tard.
J'espère qu’il y a une justice qui punit finalement ceux que nous ne pouvons pas punir, ceux qui sont d'une méchanceté incroyable. Comme le propre frère de papa, qui m’a dit quand je l'ai appelé à l'aide puisque l'infirmier tourmentait mon père, fermait son nez pour l'obliger à avaler : « Enfin il va apprendre à obéir et ne pas en faire qu'à sa tête ! »
Oui, mon oncle haïssant papa est mort jeune, seulement quelques années après mon père, malgré les seize ans de différence d'âge. Je ne sais pas si toute méchanceté est punie dans ce monde, mais c'est réconfortant de le penser.
Je reste de nouveau sans maison, sans home et sans travail, on ne me permet pas de rester en Amérique.
Une nouvelle vie va recommencer, à Paris à 47 ans.
De nouveau, tout reste à reconstruire.
Vous pouvez imaginez, ce que ça m'a fait d'entendre la voix de ma cousine qui ne m'avait plus parlé depuis lors. Elle a fait semblant de vouloir parter de famille, mais en fait elle voulait seulement s'assurer d'inhéritance plus grande, ma belle-mère se sentant mal, il parait. Elle m'avait claqué la porte au nez "tu n'as pas été sympa avec ta belle-mère" me disait-elle alors. Après tant d'années, il y a des choses qui heurte encore. Mais je vais réussir à les enfuir de nouveau.
Traverser l'océan (revoir ma vie)
Mon père m'a écrit alors “Tu devais savoir que je t'aiderai”.
Non, il ne me l'avait jamais dit cela auparavant !
Avec son aide matérielle, j'ai pu terminer rapidement mon doctorat. Mes enfants, Agnès et Lionel, m'ont énormément aidée, m'ont soulagée, ils ont été extraordinairement près de moi. Et ma nouvelle amie, Stéphanie aussi !
Après mon doctorat fort bien réussi, je suis partie en Amérique pour un travail « post-doctoral». Loin. (1)
Tout laisser. Rompre avec le passé et recommencer tout, encore une fois.
Bien sûr, j'ai pris mes enfants avec moi.
Je vide l’appartement, mais le contrat officiel nécessaire pour mon visa et pour travailler là-bas n’arrive qu'une semaine avant le départ. Enfin, nous partons.
43 ans : le choc d'un nouveau pays et ses énormes possibilités.
Plus d'excuses possibles. Pourrai-je faire face ?
À la fin du premier mois, je me casse la cheville. Je suis paniquée et je n’arrive plus à distinguer les lettres, je ne peux plus lire, devant mes yeux les mots se brouillaient. Rien. L'idée que ma jambe cassée pourrait signifier ma chance cassée, m'angoisse.
Le conseil de Jo, l’oncle de mon amie de jeunesse Marthe “essaie de lire des romans d’espionnage ou d'amour” me débloque. Lionel a 12 ans, il vient tout de suite me soigner, mais Sandou ne laisse pas Agnès à 16 ans partir tout de suite bien que je ne puisse plus me déplacer, «Ils sont en vacances et c’est son droit d’avoir sa fille ». Et je m'étonne encore?!
L'Amérique pendant quatre ans a été pour moi un temps d'apprentissage, de découvertes sur les autres, sur de nouvelles notions, mais surtout, sur moi même. Là, je suis très courtisée, désirée des hommes... qui ne m'aiment pas assez pourtant, ou que je n'aime pas assez. Mais je me convaincs que je plais vraiment, que je suis une bonne amante. Je sais écouter.
Les hommes, surtout là-bas, ont un immense besoin d'être écoutés. J’apprends les différences entre les hommes et je commence à comprendre ce qu'il me faudrait (2). Mais je ne le trouve pas là-bas. Je me rends compte aussi, que je me sens bien seule.
Je travaille à l'institut de recherches. J'étudie et j’utilise ce que j'ai appris, j’enseigne l'ordinateur et l’informatique à l'université Américaine de Washington. Je nage chaque jour. Je me promène avec Agnès et Lionel. Je voyage à travers l'Amérique. Je me sens très Américaine. Je voudrais rester. J'aime ce pays, ce peuple, ces gens.
J'apprends à parler en public avec le club "Toast Masters", j'apprends beaucoup sur moi-même en utilisant le livre "Hidden Job Market".
Mais on ne me permet pas de rester en Amérique.
1. Surtout pour échapper au visites continuelles de Sandou qui ne venait pas alors pour les enfants mais essayer me faire changer d'avis.
2. J'ai surtout appris ce qui ne me va pas, mais pas seulement.
Non, il ne me l'avait jamais dit cela auparavant !
Avec son aide matérielle, j'ai pu terminer rapidement mon doctorat. Mes enfants, Agnès et Lionel, m'ont énormément aidée, m'ont soulagée, ils ont été extraordinairement près de moi. Et ma nouvelle amie, Stéphanie aussi !
Après mon doctorat fort bien réussi, je suis partie en Amérique pour un travail « post-doctoral». Loin. (1)
Tout laisser. Rompre avec le passé et recommencer tout, encore une fois.
Bien sûr, j'ai pris mes enfants avec moi.
Je vide l’appartement, mais le contrat officiel nécessaire pour mon visa et pour travailler là-bas n’arrive qu'une semaine avant le départ. Enfin, nous partons.
43 ans : le choc d'un nouveau pays et ses énormes possibilités.
Plus d'excuses possibles. Pourrai-je faire face ?
À la fin du premier mois, je me casse la cheville. Je suis paniquée et je n’arrive plus à distinguer les lettres, je ne peux plus lire, devant mes yeux les mots se brouillaient. Rien. L'idée que ma jambe cassée pourrait signifier ma chance cassée, m'angoisse.
Le conseil de Jo, l’oncle de mon amie de jeunesse Marthe “essaie de lire des romans d’espionnage ou d'amour” me débloque. Lionel a 12 ans, il vient tout de suite me soigner, mais Sandou ne laisse pas Agnès à 16 ans partir tout de suite bien que je ne puisse plus me déplacer, «Ils sont en vacances et c’est son droit d’avoir sa fille ». Et je m'étonne encore?!
L'Amérique pendant quatre ans a été pour moi un temps d'apprentissage, de découvertes sur les autres, sur de nouvelles notions, mais surtout, sur moi même. Là, je suis très courtisée, désirée des hommes... qui ne m'aiment pas assez pourtant, ou que je n'aime pas assez. Mais je me convaincs que je plais vraiment, que je suis une bonne amante. Je sais écouter.
Les hommes, surtout là-bas, ont un immense besoin d'être écoutés. J’apprends les différences entre les hommes et je commence à comprendre ce qu'il me faudrait (2). Mais je ne le trouve pas là-bas. Je me rends compte aussi, que je me sens bien seule.
Je travaille à l'institut de recherches. J'étudie et j’utilise ce que j'ai appris, j’enseigne l'ordinateur et l’informatique à l'université Américaine de Washington. Je nage chaque jour. Je me promène avec Agnès et Lionel. Je voyage à travers l'Amérique. Je me sens très Américaine. Je voudrais rester. J'aime ce pays, ce peuple, ces gens.
J'apprends à parler en public avec le club "Toast Masters", j'apprends beaucoup sur moi-même en utilisant le livre "Hidden Job Market".
Mais on ne me permet pas de rester en Amérique.
1. Surtout pour échapper au visites continuelles de Sandou qui ne venait pas alors pour les enfants mais essayer me faire changer d'avis.
2. J'ai surtout appris ce qui ne me va pas, mais pas seulement.
Autres déchirements (revoir ma vie)
Je suis allée travailler au C.N.R.S. de Gif-sur-Yvette, à une heure et demie en voiture de notre appartement, et en même temps, je me suis inscrite pour préparer un Doctorat de Chimie. J'aurais préféré l'Informatique mais on ne voulait pas de moi.
En Physico-Chimie on m'a mise à l'épreuve, en me faisant passer d'abord un D.E.A., affreusement difficile après toutes ces années. Je réussis à le passer. Le Doctorat d'État ès Sciences était déjà plus facile.
Entre-temps, Sandou devenait de plus en plus insupportable. Ma vie aussi, parce que je me sentais de plus en plus laide, de moins en moins maîtresse de ma destinée.
Cette période de ma vie prend fin quand je découvre une autre lettre - écrite à Sandou par la jeune fiancée roumaine du son neveu. Elle y commentait sur les plans pour leur avenir commun. Cela suffisait ! Je n’attendrai pas que leurs plans se précisent. Décision prise. Mieux vaut rester seule toute ma vie. Bien sûr avec mes enfants. Maintenant, je pourrai les garder, j'ai un moyen de pression sur Sandou. Plus tard, je me suis rendu compte que de toute façon il ne voulait pas la responsabilité des enfants, bien qu’il les ait beaucoup aimés, à sa manière tyrannique et possessive. Ouf.
Mais revivre, refaire sa vie n'est pas facile.
J'ai pleuré, malgré tout, pendant de longues semaines encore ma vie, ma famille et mes rêves déchirés. Je me sentais désespérée.
Je me sentais comme échappée d'une tyrannie. Libre. À écouter de la musique classique ou hongroise, à me promener avec les enfants, à manger ce que je voulais, à étudier. Quand je veux.
Rencontre heureuse avec un professeur américain en conférence à Paris, à qui je plais. Assoiffée d'amour depuis 7 années, j'avais vraiment besoin de quelqu'un qui m’apprécie de nouveau comme femme. Et me le dise. Et soit tellement heureux de me donner un baiser derrière le Sacré-Cœur, de rester avec moi toute la nuit, de se réveiller dans mes bras. De montrer le matin dans la glace mon visage : "regarde comme tu es belle et rayonnante". En 24 heures, ma confiance était revenue ! Après cela, j'ai pu regarder Sandou plus calmement.
Par-dessus, juste à ce moment-là-là, j'ai perdis aussi mon travail et mon doctorat n'était pas encore terminé. J'ai trouvé, presque, du travail, mais on me l'a refusé : “surqualifiée”.
J’étais désespérée.
En Physico-Chimie on m'a mise à l'épreuve, en me faisant passer d'abord un D.E.A., affreusement difficile après toutes ces années. Je réussis à le passer. Le Doctorat d'État ès Sciences était déjà plus facile.
Entre-temps, Sandou devenait de plus en plus insupportable. Ma vie aussi, parce que je me sentais de plus en plus laide, de moins en moins maîtresse de ma destinée.
Cette période de ma vie prend fin quand je découvre une autre lettre - écrite à Sandou par la jeune fiancée roumaine du son neveu. Elle y commentait sur les plans pour leur avenir commun. Cela suffisait ! Je n’attendrai pas que leurs plans se précisent. Décision prise. Mieux vaut rester seule toute ma vie. Bien sûr avec mes enfants. Maintenant, je pourrai les garder, j'ai un moyen de pression sur Sandou. Plus tard, je me suis rendu compte que de toute façon il ne voulait pas la responsabilité des enfants, bien qu’il les ait beaucoup aimés, à sa manière tyrannique et possessive. Ouf.
Mais revivre, refaire sa vie n'est pas facile.
J'ai pleuré, malgré tout, pendant de longues semaines encore ma vie, ma famille et mes rêves déchirés. Je me sentais désespérée.
Je me sentais comme échappée d'une tyrannie. Libre. À écouter de la musique classique ou hongroise, à me promener avec les enfants, à manger ce que je voulais, à étudier. Quand je veux.
Rencontre heureuse avec un professeur américain en conférence à Paris, à qui je plais. Assoiffée d'amour depuis 7 années, j'avais vraiment besoin de quelqu'un qui m’apprécie de nouveau comme femme. Et me le dise. Et soit tellement heureux de me donner un baiser derrière le Sacré-Cœur, de rester avec moi toute la nuit, de se réveiller dans mes bras. De montrer le matin dans la glace mon visage : "regarde comme tu es belle et rayonnante". En 24 heures, ma confiance était revenue ! Après cela, j'ai pu regarder Sandou plus calmement.
Par-dessus, juste à ce moment-là-là, j'ai perdis aussi mon travail et mon doctorat n'était pas encore terminé. J'ai trouvé, presque, du travail, mais on me l'a refusé : “surqualifiée”.
J’étais désespérée.
Cap d'informatique (revoir ma vie)
À Paris, un seul mois après m’avoir arrachée de mon foyer, Sandou m'a traitée de “putain” et il est devenu de nouveau désagréable. Entre nous, tout se déchirait ; de plus en plus.
Mais il n’y avait plus de retour possible pour moi.
J’avais promis à Sandou de ne plus parler ou à écrire à Pierre, j’ai tenu ma promesse. Mais dans mon journal, j’ai décrit le chagrin de cette séparation, Sandou l’a trouvé, l'a lu et l'a considéré comme une trahison de ma parole. Dorénavant il avait le droit de faire tout ce qu’il voulait, lui, au moins dans son esprit.
Longtemps, je n’ai écrit plus écrit dans mon journal, j'écrivais seulement des lettres à mes amies. Et pendant nos vacances d'un mois en Grèce, pour la première fois dans ma vie j'ai grossi douze kilos. J’avais perdu « ma silhouette», mon atout de femme principale.
J'avais deux enfants et un travail qui ne me rapportait pas assez pour pouvoir les élever, toute seule. Ce n'était plus comme à Ham où j'avais été chef de laboratoire avec logement de fonction et un salaire acceptable. Je travaillais dorénavant comme laborantine au salaire minimal.
J'étais de nouveau déracinée et mon cœur saignait toujours de l'éloignement de Pierre - à l'époque je le sentais davantage mon mari que Sandou. Pierre ne m'avait pas fait de mal, il m'avait donné confiance en moi comme femme. Mais il n'était plus là.
Pour en sortir de ma misère, j'ai commencé à m'accrocher à mes études. L’histoire de France d'abord, les maths modernes et l'informatique ensuite.
En 1973 j'ai passé et réussi un CAP d’Informatique! mon premier diplôme en France. J'étais fière : 1000 inscrits, 38 reçus! Surtout, je me suis rendu compte qu’à 39 ans je savais encore étudier. Je ne suis donc pas si vieille que ça! autant que Sandou veut et continue de me le faire sentir !
Mais il n’y avait plus de retour possible pour moi.
J’avais promis à Sandou de ne plus parler ou à écrire à Pierre, j’ai tenu ma promesse. Mais dans mon journal, j’ai décrit le chagrin de cette séparation, Sandou l’a trouvé, l'a lu et l'a considéré comme une trahison de ma parole. Dorénavant il avait le droit de faire tout ce qu’il voulait, lui, au moins dans son esprit.
Longtemps, je n’ai écrit plus écrit dans mon journal, j'écrivais seulement des lettres à mes amies. Et pendant nos vacances d'un mois en Grèce, pour la première fois dans ma vie j'ai grossi douze kilos. J’avais perdu « ma silhouette», mon atout de femme principale.
J'avais deux enfants et un travail qui ne me rapportait pas assez pour pouvoir les élever, toute seule. Ce n'était plus comme à Ham où j'avais été chef de laboratoire avec logement de fonction et un salaire acceptable. Je travaillais dorénavant comme laborantine au salaire minimal.
J'étais de nouveau déracinée et mon cœur saignait toujours de l'éloignement de Pierre - à l'époque je le sentais davantage mon mari que Sandou. Pierre ne m'avait pas fait de mal, il m'avait donné confiance en moi comme femme. Mais il n'était plus là.
Pour en sortir de ma misère, j'ai commencé à m'accrocher à mes études. L’histoire de France d'abord, les maths modernes et l'informatique ensuite.
En 1973 j'ai passé et réussi un CAP d’Informatique! mon premier diplôme en France. J'étais fière : 1000 inscrits, 38 reçus! Surtout, je me suis rendu compte qu’à 39 ans je savais encore étudier. Je ne suis donc pas si vieille que ça! autant que Sandou veut et continue de me le faire sentir !
Comment savoir? (avant sauter)
J'avais un travail, deux enfants merveilleux. Et un mari pour qui je n'étais pas assez bonne comme femme (ou trop bien, comme je le vois maintenant). À l'époque je doutais de moi. À tort. Mais comment savoir? Je ne connaissais qu'un seul homme, je n’avais couché, fait l’amour, qu’avec un seul.
Je ne voulais pas devenir malade d’amour et de jalousie comme maman, je n'avais pas non plus son tempérament de “bonne fille obéissante”. J'ai décidé de trouver quelqu'un moi aussi et me rendre compte : “Suis-je nulle ?”.
Dix-huit mois plus tard, quand mon mari est parti en Roumanie encore une fois et exprès tout seul, j'ai invité Pierre à dîner. Il était notre copain depuis longtemps, tout en ayant quinze ans de plus que nous.
Très jeune Pierre avait lutté contre les allemands dans l'armée de De Gaule ; puis, comme jeune syndicaliste il fut mis au premier rang pendant une grève et abandonné par eux pendant la charge de la police. En prison les gardiens ont cassé toutes ses dents. Son père, gendarme est allé demander grâce à Mitterrand, à l'époque ministre d'Intérieur, en vain.
Pierre était toujours prêt à aider les autres, à nous aider. Il était sympa, agréable, beau et chaud. Je l’ai invité à dîner et puis, je lui ai caressé le bras... Ainsi a commencé une merveilleuse liaison d'une année. Il ne lisait pas du tout, mais il était bon, fin, réellement attentif à mes besoins. Il m'a beaucoup appréciée, même aimée ! autant qu'il en était capable - et ce n’était pas rien!
Entre-temps, Sandou est parti travailler et habiter à Paris pour être plus près de sa jeune amante de quinze ans son cadet. Moi, j’avais à Ham un travail devenant de plus en plus intéressant et j'avais Pierre habitant la même maison de fonction que moi. Nous nous sentions de plus en plus “couple”.
Mes deux enfants grandissaient.
J'ai recommencé à étudier.
La chromatographie d'abord (pour mon travail), puis la grammaire et la littérature à l'Alliance Française. Mes études et Pierre m'ont sortie du trou. Je savais dorénavant que j'étais bonne amante et que ce n’était pas faute de mes qualités en cela que mon mari m’avait trompée. Je suis devenue moins naïve qu’avant. Plus vraie.
Bien sûr, c’était inacceptable.
Sandou pouvait faire ce qu'il voulait, mais pas moi. Il l'a su, on le lui a dit. Il a tout cassé. Une nuit il m'a attendue avec une carabine à la fenêtre ; je suis revenue à l’appartement, bien que je l’aie vu, parce que j'avais peur pour mes enfants de ce qui pourrait leur arriver. Il m’a fait un tel chantage!
Il ne m'a pas laissé dormir, ni être seule, des heures, des jours et des nuits. Il racontait tous ses torts passés, me disait qu’il allait être perdu sans moi et a utilisé l'argument de nos enfants, de conserver la famille.
Je savais que Pierre ne voulait pas d’une nouvelle famille, une femme libre lui aurait trop pesé. Je ne crois pas m'être trompée.
Le matin Sandou m’a obligée à tout laisser et à partir pour Paris. Ça m'a fait très mal : encore une fois tout laisser tomber en quelques heures... Foyer, travail, meubles. Pierre. Et pourquoi?
Je ne voulais pas devenir malade d’amour et de jalousie comme maman, je n'avais pas non plus son tempérament de “bonne fille obéissante”. J'ai décidé de trouver quelqu'un moi aussi et me rendre compte : “Suis-je nulle ?”.
Dix-huit mois plus tard, quand mon mari est parti en Roumanie encore une fois et exprès tout seul, j'ai invité Pierre à dîner. Il était notre copain depuis longtemps, tout en ayant quinze ans de plus que nous.
Très jeune Pierre avait lutté contre les allemands dans l'armée de De Gaule ; puis, comme jeune syndicaliste il fut mis au premier rang pendant une grève et abandonné par eux pendant la charge de la police. En prison les gardiens ont cassé toutes ses dents. Son père, gendarme est allé demander grâce à Mitterrand, à l'époque ministre d'Intérieur, en vain.
Pierre était toujours prêt à aider les autres, à nous aider. Il était sympa, agréable, beau et chaud. Je l’ai invité à dîner et puis, je lui ai caressé le bras... Ainsi a commencé une merveilleuse liaison d'une année. Il ne lisait pas du tout, mais il était bon, fin, réellement attentif à mes besoins. Il m'a beaucoup appréciée, même aimée ! autant qu'il en était capable - et ce n’était pas rien!
Entre-temps, Sandou est parti travailler et habiter à Paris pour être plus près de sa jeune amante de quinze ans son cadet. Moi, j’avais à Ham un travail devenant de plus en plus intéressant et j'avais Pierre habitant la même maison de fonction que moi. Nous nous sentions de plus en plus “couple”.
Mes deux enfants grandissaient.
J'ai recommencé à étudier.
La chromatographie d'abord (pour mon travail), puis la grammaire et la littérature à l'Alliance Française. Mes études et Pierre m'ont sortie du trou. Je savais dorénavant que j'étais bonne amante et que ce n’était pas faute de mes qualités en cela que mon mari m’avait trompée. Je suis devenue moins naïve qu’avant. Plus vraie.
Bien sûr, c’était inacceptable.
Sandou pouvait faire ce qu'il voulait, mais pas moi. Il l'a su, on le lui a dit. Il a tout cassé. Une nuit il m'a attendue avec une carabine à la fenêtre ; je suis revenue à l’appartement, bien que je l’aie vu, parce que j'avais peur pour mes enfants de ce qui pourrait leur arriver. Il m’a fait un tel chantage!
Il ne m'a pas laissé dormir, ni être seule, des heures, des jours et des nuits. Il racontait tous ses torts passés, me disait qu’il allait être perdu sans moi et a utilisé l'argument de nos enfants, de conserver la famille.
Je savais que Pierre ne voulait pas d’une nouvelle famille, une femme libre lui aurait trop pesé. Je ne crois pas m'être trompée.
Le matin Sandou m’a obligée à tout laisser et à partir pour Paris. Ça m'a fait très mal : encore une fois tout laisser tomber en quelques heures... Foyer, travail, meubles. Pierre. Et pourquoi?
Arrivée en France (revoir ma vie)
En deux mois ma fille de deux ans oublie l’hébreu et apprend à parler français comme les autres fillettes du même âge. À la maison nous parlons roumain. Nous faisons un voyage d’une semaine, nos premières vacances en Europe sans elle. Agnès a tellement eu peur de ne plus nous revoir que je décide de ne plus la laisser seule, de l'emmener partout, toujours, avec nous. Ce que je ferai.
J'apprends à conduire une voiture en conduisant, avec un permis international délivré à Bruxelles. Je commence à mieux comprendre, à mieux parler français, mais moins vite que ma fille. Je recommence à travailler, enfin. Mais l'important, l'essentiel reste ma fille et ma famille.
À 30 ans, je tombe enceinte mais je perds l’embryon de deux mois.
À l’hôpital de Lyon on me traite en lépreuse, en meurtrière - comme les gens peuvent être méchants ! On me laisse perdre mon sang ; finalement on pratique quand même le curetage... d'un embryon mort depuis des semaines, mais seulement vers le matin, après que le médecin que j'ai vu auparavant, fut intervenu. La méchanceté de certaines infirmières, la barbarie des certains internes, je l'ai constatée, cette fois, sur moi.
Puis nous partons dans le nord de la France, à Ham.
Deux ans plus tard, après trois mois de repos absolu pour ne pas le perdre et d'autres mois d'attente, Lionel, mon fils est né ! De nouveau les joies de l’allaitement et d’être une famille, à quatre cette fois-ci. Mais, hélas, l’entente entre nous casse très vite.
Mon plaisir avec mes deux enfants demeure, nous sommes restés toujours "nous". Mes enfants m'ont donné énormément de joie, peu de tristesse et pas de soucis trop lourds. Mais Sandou me dit “Il n'y a pas de contrat d'amour” et s'en va presque tous les soirs en nous laissant seuls. Je me sens non désirée et je désire.
Au début, je ne savais pas pourquoi.
Puis je découvre une lettre d'amour d'une jeune femme roumaine à Sandou, d’une femme avec laquelle il a couché en Roumanie pendant la visite à ses parents, pendant la période où j’étais couchée pour préserver la vie de notre futur fils et où il me laissa seul pour “revoir ses parents”. Je sens encore ce souffrance-là aussi, tellement cette découverte m’a heurté. La trahison de Sandou, la certitude qu’il m’avait trompée aussi, mais surtout de m'être trompée sur lui.
J'avais beaucoup supporté de lui tout en l'aimant éperdument, parce qu'on a été “nous” dans mon esprit et j'étais convaincue qu'il m'aimait, quelquefois contre toute évidence. Je pensais que mes intuitions étaient pure imagination, qu’il se sentait seul hors de Roumanie, bref, je lui trouvais, il s'est trouvé plein d'excuses pour ses comportements... Mais là, devant l'évidence, mes yeux se sont ouverts et j'ai tout révisé.
Il a reconnu d'ailleurs plus tard, avant de m’amener à Paris, qu'il m'avait trompé... déjà la première semaine après notre mariage. Et ainsi de suite... Des excuses, bien sûr il s'en trouvait : “parce que vous êtes partis avec ton père visiter vos amis. Sans moi !”
Tout s'écroulait pour moi. Tous mes rêves de mariage, de bonheur, d’amour, de ma famille unie. Plus tard, il sortait avec une jeune femme mariée, dont le mari état à l'armée, une femme de plus de 10 ans plus jeune que nous, cela a duré plus de trois ans.
Je me sentais si vieille à 34 ans !
J'apprends à conduire une voiture en conduisant, avec un permis international délivré à Bruxelles. Je commence à mieux comprendre, à mieux parler français, mais moins vite que ma fille. Je recommence à travailler, enfin. Mais l'important, l'essentiel reste ma fille et ma famille.
À 30 ans, je tombe enceinte mais je perds l’embryon de deux mois.
À l’hôpital de Lyon on me traite en lépreuse, en meurtrière - comme les gens peuvent être méchants ! On me laisse perdre mon sang ; finalement on pratique quand même le curetage... d'un embryon mort depuis des semaines, mais seulement vers le matin, après que le médecin que j'ai vu auparavant, fut intervenu. La méchanceté de certaines infirmières, la barbarie des certains internes, je l'ai constatée, cette fois, sur moi.
Puis nous partons dans le nord de la France, à Ham.
Deux ans plus tard, après trois mois de repos absolu pour ne pas le perdre et d'autres mois d'attente, Lionel, mon fils est né ! De nouveau les joies de l’allaitement et d’être une famille, à quatre cette fois-ci. Mais, hélas, l’entente entre nous casse très vite.
Mon plaisir avec mes deux enfants demeure, nous sommes restés toujours "nous". Mes enfants m'ont donné énormément de joie, peu de tristesse et pas de soucis trop lourds. Mais Sandou me dit “Il n'y a pas de contrat d'amour” et s'en va presque tous les soirs en nous laissant seuls. Je me sens non désirée et je désire.
Au début, je ne savais pas pourquoi.
Puis je découvre une lettre d'amour d'une jeune femme roumaine à Sandou, d’une femme avec laquelle il a couché en Roumanie pendant la visite à ses parents, pendant la période où j’étais couchée pour préserver la vie de notre futur fils et où il me laissa seul pour “revoir ses parents”. Je sens encore ce souffrance-là aussi, tellement cette découverte m’a heurté. La trahison de Sandou, la certitude qu’il m’avait trompée aussi, mais surtout de m'être trompée sur lui.
J'avais beaucoup supporté de lui tout en l'aimant éperdument, parce qu'on a été “nous” dans mon esprit et j'étais convaincue qu'il m'aimait, quelquefois contre toute évidence. Je pensais que mes intuitions étaient pure imagination, qu’il se sentait seul hors de Roumanie, bref, je lui trouvais, il s'est trouvé plein d'excuses pour ses comportements... Mais là, devant l'évidence, mes yeux se sont ouverts et j'ai tout révisé.
Il a reconnu d'ailleurs plus tard, avant de m’amener à Paris, qu'il m'avait trompé... déjà la première semaine après notre mariage. Et ainsi de suite... Des excuses, bien sûr il s'en trouvait : “parce que vous êtes partis avec ton père visiter vos amis. Sans moi !”
Tout s'écroulait pour moi. Tous mes rêves de mariage, de bonheur, d’amour, de ma famille unie. Plus tard, il sortait avec une jeune femme mariée, dont le mari état à l'armée, une femme de plus de 10 ans plus jeune que nous, cela a duré plus de trois ans.
Je me sentais si vieille à 34 ans !
Avant d'arriver en France (revoir la vie)
J'erre seule à Bruxelles comme une chienne malade. Mon père m'emmène en Israël et m'y laisse “provisoirement” dans la famille, je retrouve ma grand-mère, une cousine et des cousins. Grand-père était mort de chagrin un mois après maman.
Enfin, Sandou émigre aussi, grande joie ! malgré les premiers jours quand j'avais l'impression de rencontrer un étranger. Nos corps se connaissaient, nous nous sommes rapprochés, reconnus, aimés.
Nous sommes partis à Jérusalem pour apprendre l’hébreu. Mon père voulait qu'on reste en Israël, il paye une chambre et de quoi nous nourrir mais seulement un mois à la fois - pour ne pas le dépenser autrement. J'aimais de plus en plus vivre en Israël, je me suis sentie vite “chez moi”.
À Jérusalem, après de longues promenades avec Sandou pour la santé de notre futur bébé, ma fille Agnès est née. J'ai dû retourner rapidement chez grand-mère parce que les voisins, enfants palestiniens, lançaient des cailloux sur mon bébé d’une semaine dormant innocemment dans le jardin.
Commence une période extraordinaire avec mes enfants. Me rapproche de mon mari : nous regardons Agnès avec un sentiment d'union, nous sommes devenus “les parents d’un merveilleux bébé”. Une famille.
La joie d’allaiter est difficile à décrire, mais depuis ce temps-là je suis convaincue que c’est mieux d'être une femme : les hommes ne pouvant avoir cette joie profonde. Il y a peut-être aussi quelque chose de sensuel là-dedans - mais ce plaisir va très loin au-delà, vers l'âme remplie d'amour, de joie et tendresse vers l'autre, mon enfant, mon bébé serré contre moi.
C’est à Ramat Aviv et à Givataim qu'Agnès fait ses premiers pas, prononce ses premiers mots, a ses premières colères, ses premiers sourires. Chaque jour était rempli d'une nouvelle merveille et de nouvelles joies. Mais Sandou devient jaloux, il n'était plus “le premier”, le plus important pour moi ; il l'a très mal supporté.
Ma grand-mère meurt, elle nous avait légué un peu d'argent, avec lequel Sandou part en France, il y trouve rapidement du travail. Après quelques mois qui m’ont semblé bien longs, je le rejoins. Entre temps, Sandou “a perdu son alliance”, j’ai des doutes, mais je ne veux pas croire à mon instinct.
Agnès fête ses deux ans sur le bateau en route vers la France.
Enfin, Sandou émigre aussi, grande joie ! malgré les premiers jours quand j'avais l'impression de rencontrer un étranger. Nos corps se connaissaient, nous nous sommes rapprochés, reconnus, aimés.
Nous sommes partis à Jérusalem pour apprendre l’hébreu. Mon père voulait qu'on reste en Israël, il paye une chambre et de quoi nous nourrir mais seulement un mois à la fois - pour ne pas le dépenser autrement. J'aimais de plus en plus vivre en Israël, je me suis sentie vite “chez moi”.
À Jérusalem, après de longues promenades avec Sandou pour la santé de notre futur bébé, ma fille Agnès est née. J'ai dû retourner rapidement chez grand-mère parce que les voisins, enfants palestiniens, lançaient des cailloux sur mon bébé d’une semaine dormant innocemment dans le jardin.
Commence une période extraordinaire avec mes enfants. Me rapproche de mon mari : nous regardons Agnès avec un sentiment d'union, nous sommes devenus “les parents d’un merveilleux bébé”. Une famille.
La joie d’allaiter est difficile à décrire, mais depuis ce temps-là je suis convaincue que c’est mieux d'être une femme : les hommes ne pouvant avoir cette joie profonde. Il y a peut-être aussi quelque chose de sensuel là-dedans - mais ce plaisir va très loin au-delà, vers l'âme remplie d'amour, de joie et tendresse vers l'autre, mon enfant, mon bébé serré contre moi.
C’est à Ramat Aviv et à Givataim qu'Agnès fait ses premiers pas, prononce ses premiers mots, a ses premières colères, ses premiers sourires. Chaque jour était rempli d'une nouvelle merveille et de nouvelles joies. Mais Sandou devient jaloux, il n'était plus “le premier”, le plus important pour moi ; il l'a très mal supporté.
Ma grand-mère meurt, elle nous avait légué un peu d'argent, avec lequel Sandou part en France, il y trouve rapidement du travail. Après quelques mois qui m’ont semblé bien longs, je le rejoins. Entre temps, Sandou “a perdu son alliance”, j’ai des doutes, mais je ne veux pas croire à mon instinct.
Agnès fête ses deux ans sur le bateau en route vers la France.
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