le matin 6 mars 1989

Hier soir nous avons parlé sérieusement. Peut-être peut-on quand même sauver notre couple. Vive les amies!

François m’a dit: “tu as un fondement à tes craintes”.

D'après lui les conflits ont commencé, venaient de travail, les décisions sur la carrière et surtout, du livre qu’on voudrait écrire ensemble.

J'ai bien parlé. Et sincèrement. Il y a encore un espoir. Peut-être.

Mais aussi pour notre couple

5 mars 1989

Un début d'année difficile pour notre couple. Quatorze mois ne se sont pas encore tout à fait écoulés depuis que nous sommes ensemble et il paraît que le grand amour de ma mie est déjà passé. Comment ? Pourquoi ?

Presque tout ce que je fais l'énerve.

Il hurle, me critique et me regarde méchamment. Il n'a plus envie de m'embrasser sur la bouche et fait moins souvent l'amour. Oui, il est encore chaleureux, gentil et attentionné - quelquefois. Mais il se transforme si soudainement et de plus en plus souvent il a des sautes d’humeur à cause de rien ou de petites choses.

Est-ce que mon amie a raison et il est jaloux ?

Pourquoi ? De qui ou de quoi ? Parce que mon travail à BIP a redémarré, ça va un peu mieux pour moi, ou alors parce que j'ai recommencé à pouvoir écrire, moi aussi? Parce que j'ai réussi une bonne intervention à la conférence et j'ai de bonnes relations avec des gens?

Il faudrait faire quelque chose et très rapidement, parce qu’on ne peut plus continuer ainsi, ça me fatigue trop et mes nerfs ne résisteront pas longtemps. Il n'y a pas d’amour sur commande, forcé.

C’était une année magnifique, c’est sûr. Le reste, on verra !

Ça ne peut plus continuer comme cela ! De nouveau quelqu'un qui fait tout (volontairement ou non?) pour que je perde ma confiance. Ça ne marche plus! Je sais dorénavant que je suis bien telle que je suis et j'ai beaucoup de qualités. S'il ne peut pas m'accepter à côté de tout ça, comme je suis, cela ne vaut pas la peine d'insister, de forcer et de rendre ma vie de plus en plus amère.

Je dois commencer à m'occuper tranquillement de mes propres affaires, au lieu de me plaindre de son comportement et de la façon dont il me regarde (de plus en plus souvent amère). Je devrai revenir tard à la maison, de ne pas le questionner, et s'il critique, le rendre vite et ne pas prendre trop à cœur ses critiques. Ne pas supporter ses hurlements! Ne plus supporter qu'il me parle et il se comporte méchamment avec moi devant les autres!

Dans toute relation il y a deux.

Oui, c’était facile d'être agréable quand tout marchait mal pour moi. Ceci n'est pas vrai! Ceci, de toute façon a été chic de sa part.

Maintenant, ça commence à aller mieux pour moi, j'agis, je réalise; il ne veut pas le reconnaître, au lieu d’être fier de moi - ce qu'il a été et combien ! il y a encore quelque mois. Comme la vie est difficile et compliquée et combien il faut lutter!

Pourtant cet homme a bon cœur, une bonne âme, une bonne tête et de bonnes connaissances et un formidable pouvoir de travail. Il a vraiment assez de génie pour qu'il n'ait pas besoin de m’amoindrir pour être grand. Il est déjà assez génial. Mais c'est aussi vrai, que dans les dix dernières années il ne l'a pas assez utilisé et il a trouvé beaucoup de nouvelles choses différentes dans ce monde à moi dans lequel il est tombé. Et aussi, il est extrêmement sensible. Quelquefois il suffit d’une petite observation de quelqu’un pour qu'il fasse une chose pendant des années - ou qu'il ne le fasse plus, ceci je le sais.

Mais j'ai cru - il y a quelques semaines encore - qu'un amour parfait peut exister et que je peux vraiment trouver mon partenaire, mon compagnon et former un vrai couple. Est-ce seulement un mirage? Cela me fait de plus en plus mal. Peut-être, on peut encore faire quelque chose et le sauvegarder.

Mais je ne pourrai plus y croire tout à fait, me laisser aller comme ces derniers mois et être tout à fait moi-même. Dorénavant, il faudrait faire attention, agir les yeux ouverts et avec ma tête - faire ce qu'on peut, tant que ça marche. Dommage. Ça me fait mal. Mais c'est comme cela la vie, ce n'est pas “un jardin de roses”. Et même les roses ont des épines. L'important est que mon énergie soit revenue. Tôt le matin j'ai déjà envie d’agir, travailler, écrire, réaliser: fais-le !

Je commence à comprendre pourquoi j'ai mal dormi ces derniers temps. Jusqu'à présent, c'était seulement dans mes rêves que je reconnaissais que quelque chose n'allait pas comme avant. Maintenant je me suis réveillée.

Tout réveil n'est pas agréable, mais on ne peut pas, il serait dommage de rêver toute notre vie, au lieu de la vivre. On arrive et l’on part, on n'est pas éternel. Il faut utiliser ce pour quoi l’on est fait, vivre tant qu'on peut pleinement notre vie, faire ce dont on a envie - dont on a un besoin intérieur.

Je ne regrette plus qu'il n'y ait pas rapidement un prochain livre, il aura le temps de mûrir, de s'améliorer. Finalement, ils ont compris pourquoi ce que je veux est important : qu'il ne faille pas enseigner avec hauteur, fierté, mais agréablement. Montrer, parler et écrire d'une façon à ce que tous ceux qui veulent puisse le comprendre et pas seulement quelques privilégiés. Écrire non en critiquant et en disant ce qu’on "ne doit pas" faire, mais en conseillant, en louant ; pas en récitant ou en énumérant, mais en éveillant l’intérêt, la curiosité. Moi j'écris ainsi et je ne mettrai pas mon nom au bas d'un texte qui n'est pas écrit ainsi. Pour cela, il vaut la peine de lutter, même si j'ai horreur de la lutte. Bon, on verra ce qui arrivera.

Je suis tout d’un coup très fatiguée, très lasse. Bonne nuit!

Début d'année difficile

24 janvier 1989

Aujourd'hui j'arrive de nouveau à fermer un cercle.

Michèle, ma première employée est partie officiellement et je reste seule avec Bip : c'est le temps de repenser très sérieusement l'avenir.

"Rien ne va plus" comme avant en micro informatique ou seulement pour moi et Bip ? D'après mon associé c'est général, les petites sociétés de micro informatique ont partout des problèmes.

Bon, il s'agit de décider que faire dans ces conditions. Et, comme d'habitude, c'est beaucoup plus facile de dire ce qui ne va pas, que de trouver des solutions.

Que s'est passé cette année?

17 décembre 1988

La fin de l'année approche, le temps du bilan de fin d'année est arrivé. Où en étais-je au début de cette année ?

Je venais de terminer "Le livre de l’HyperCard" et j'étais très fatiguée par les heures passées à le finir, surtout à cause des luttes pour ce livre avec Pierre B. Je commençais à me sentir seule, avoir besoin d'un ami ou d'une amie. J'étais pleine d’espoir et contente d'avoir traversé de façon intéressant l’année 1987, avec les deux livres que j'ai écrits et la découverte de Spinoza et de Dürer.

Puis ? J'ai rencontré François qui a autant besoin de moi que moi de lui, qui a des intérêts, curiosités fortes comme moi, cela, puis le fait que tous les deux nous sachions également donner et recevoir - qualité rare - fait que nous avons, que j'ai espoir pour l'avenir, qui sait, peut–être même "pour toujours"...

Il durera combien il durera : que sera, sera.

Oui, c'est vrai, pour la première fois, j'envisage de me remarier. Est-ce sage ? Il faudra quand même réfléchir en profondeur pour me rendre compte si mes motivations sont valables. Bien sûr, on a quelquefois deux opinions, deux volontés, mais si on n’en avait pas, c'est que l’un de nous s'effacerait complètement. On essaie de s'adapter, on réussit assez bien.

Autre chose : mon livre est devenu best-seller en informatique, en dix mois déjà 10.000 exemplaires ont été déjà vendus.

En plus, les gens l'aiment et Daniel Garic a dit « on n'en sort pas comme on est entré, mais en se sentant plus fort ! » ce qui est (et reste) mon but principal dans mes livres. Il l’a compris, il l'a ressenti. On l’a vraiment bien réussi, et, cela en seulement quatre mois.

Par contre, mon espoir que cela apporte des ventes sérieuses à Bip ne s'est pas réalisé. Oui, nous avons vendu des centaines de disquettes et maintenant que j'ai réalisé la Fenêtre Ouverte N°1, la Revue des utilisateurs HyperCard Avisés, on l’achète aussi, mais ils apportent peu de chiffre d'affaires. Ce livre m'a permis, tout au plus, de passer l'année du point de vue financier, puisque à Bip "rien ne va plus" et je ne peux même plus me payer un salaire minimum. Je touche par contre des droits d’auteur, heureusement.

Nous sommes allés à Amsterdam et plus tard à Boston, en espérant trouver le produit "miracle" à vendre, mais je ne l’ai pas trouvé nulle part. Les ventes après le mois d'avril sont tombées proches de zéro. J'ai perdu deux mois en faisant la comptabilité de la société moi-même en espérant (en vain) avoir une note d'honoraires raisonnable du chef comptable.

Nous sommes partis ensuite pour deux mois et nous avons fait un voyage très agréable avec François. À Apple Expo de Boston pour mon travail et puis des conférences à San Francisco et Santa Clara pour François. Agréable, comme l'a été aussi le voyage pour se connaître en Angleterre, le voyage "oui, on s'aime" en Hollande et le voyage du couple déjà très heureux aux USA.

Quelques jours après notre retour, pouf, au retour d’une soirée où nous préparions l’Apple Expo Paris, brusquement l'accident, ma vertèbre fracturée. Trois jours épouvantables, ineffaçables à l’hôpital, puis retour à la maison, l'amour et les soins chaleureux de François et un mois entier sur le dos sans me lever, puisqu’on a trouvé que j’étais au “seuil de fracture”.

Ensuite un nouveau médicament “miracle” qui devait me guérir de l’ostéoporose m'a provoqué des fissures aux chevilles et je ne pouvais même plus marcher sans douleurs à chaque pas. Cela, hélas n'est pas encore complètement fini, j'ai encore l'impression que d'autres fissures apparaissent, l'une après l’autre. Je marche avec difficulté.

Mes dents aussi ont souffert du manque de calcium. Je ne me suis pas assez sérieusement occupée à temps de ma santé.

J’étais obligée de rester au lit pendant tout l’Apple Expo et ainsi l’on n’a pratiquement rien vendu, ni pu prendre des contacts pour plus tard. J'ai dû licencier d'abord Caroline, l’aide-comptable, puis Michèle, ma secrétaire, la première et dernière salariée de la société, nous travaillions ensemble depuis sept ans.

Je vais rester dorénavant seule à BIP avec les frais fixes minimums. Pas toute seule, avec François qui est à côté de moi chaque fois que j'en ai besoin, heureux de m’aider. J'espère quelque chose de nouveau arrivera l'année prochaine.

Pour le moment Bip est submergé de dettes. Je ne comprends pas comment on a pu en faire autant pendant ces derniers mois. Un petit espoir, je crois qu'hier j'ai réussi à vendre tous mes Macs et mon imprimant Laser aussi. On verra.

François est un peu irritable depuis quelques jours, j'espère que cela ne durera pas. à moi il m'arrive aussi de temps en temps d'être irascible.

Est-ce que je changerai d'orientation, est-ce que je trouverai une voie nouvelle, bonne ? Je me suis décidée à étudier de nouveau la première partie du livre “Hidden Job Market” (marché de travail caché) pour mieux comprendre ce que je voudrais vraiment faire. Puis il faudra découvrir comment le réaliser.

Pour Noël, j'ai eu mes enfants avec moi. Agnès et Lionel sont venus pour quelques jours et Rébecca, l’ancienne amie de Lionel aussi, et les deux filles de François. La cadette, Valérie est ultra sympa, nous nous sentons très proches déjà ! Ils se sont très bien entendus.

Le 26 décembre, jour de naissance de maman, anyu en hongrois, j'ai eu un François heureux, Heureux, HEUREUX ! Et jeudi, nous avons passé avec Agnès et Valérie (et bien sûr François) une très bonne soirée au Lapin Agile.

Tout cela s'est passé cette année.



Ce soir, j'ai commencé à ranger les photos que François, Anna et moi avons faites. Que de souvenirs !

Ils me rappellent combien de découvertes nous avons faites, l'un de l'autre, des rapprochements, des moments tendus et les merveilleux moments de cet été.

Le printemps à Vincennes, l’espoir sans y croire encore vraiment.

Honfleur, les premières vacances depuis longtemps de François, la première promenade au bord de la mer, les baisers sur le sable et le lit d’hôtel cassé.

L'Angleterre, nos longues discussions, découvertes, je commence à m’apprivoiser, François à s'ouvrir - mais pas encore son regard. La photo qu’il m’a faite sous le douche, et celle d’Anna sur nous sur l’arbre penché.

Ensuite la Hollande : on s'était un peu querellé, mais surtout beaucoup aimé. Nous avons bien mangé, promené, aéré. Puis la mer en Belgique, les fleurs de sable, les dunes.

Ensuite le dîner à côté de Soisson, avec Lionel le conscrit avec qui François a été tout à fait à l'aise (enfin ! aussi la société de quelqu’un autre que moi). Il a été lui-même dans la société, tel qu'avec moi, pour la première fois.

Puis la conférence des développeurs CD et notre départ pour l’Amérique. Boston, le Mac Expo, les conférences intéressantes et les longues promenades ; la ville italienne d’une banlieue de Boston. La chaleur étouffante et la grande paix entre nous, ressentie ensemble déjà comme un couple, sur la terrasse de la petite maison. Oui, nous apprécions les mêmes choses.

Ensuite à Washington, la promenade avec Agnès au Great Falls, puis notre départ vers Okrakoke. La mer. Le sable. Le petit chalet. Les ballades de François conduisant dans le sable vers notre plage. Les moustiques et les canards, la lecture ensemble. L'amour dans l'eau, notre bonheur.

L'invitation, les ballades et les trois jours en couple à Chapel Hill avec l'autre couple de professeurs. François - heureux, heureux !

San Diego, le désert et l’hôtel avec la piscine. La baignade à cinq heures du matin tout nue dans la piscine dans le désert. Le Zoo de San Diego, les petites rues, les villas, et puis San Francisco. Des conférences intéressantes, des promenades agréables. Je commençais à m’inquiéter au sujet de Bip après le coup de fil de Michèle. Les énormes séquoias du dernier jour.

Au retour, mon accident. L'hôpital. Mais aussi l'amour de François.

Oui, il a eu peur de venir tout de suite voir ce qui m’était arrivé. Il n'est pas resté avec moi à l'hôpital la première nuit, il n’est pas venu me visiter souvent. Mais à la maison, il me tenait le dos toute la nuit et avec un tel amour ! un tel soin et tant de chaleur.

Oui, mon accident l'a fatigué, mais je crois que c'est surtout nerveusement, par peur pour moi, de ce qui m'arrivera. De ce qui lui arrivera à lui.

D'autres soucis. Bip dégringolait. Son offre, mais cela n'a pas marché non plus. Vers la fin de l'année, tout paraît un peu mieux même si début de décembre les perspectives étaient très sombres.

Nous avons enfin réussi à déménager l’ancien appartement de François. J'ai commencé à vraiment aimer sa maison de la Celles où nous sommes aujourd'hui - et à essayer de la rendre plus agréable.

Ce matin, très belle et très heureuse matinée. Puis d’un coup François devient grognon et impossible. Je dois être moins sensible, moins réagir aux caprices, à ses sautes d'humeur. Ce n'est pas facile. Et il est lui aussi - encore plus que moi - fort sensible. Donc mieux réfléchir, moi aussi, à ce que je dis quand je me mets en boule. Mais au moins ça sort et ne reste pas en nous.

Et ce soir le concert de piano qu’il me joue ! Cela coule de plus en plus, de mieux en mieux. François dit que "son phrasé" est devenu différent, libéré, mélodieux, chaud !

A Londres, 1988

J'aurais dû

25 octobre 1988

Je n'ai pas assez pensé, quand maman est morte, et surtout je n'ai pas assez parlé d'elle au docteur : le problème est qu'on n'a plus un docteur de famille.

Je n'ai pas bu assez de lait entre 15 et 25 ans ; j'ai aussi une mauvaise hérédité, puisque ma mère a eu une fracture de fémur à 52 ans, et elle, ne s'est plus jamais relevée, hélas. J'aurais dû demander de l’aide plus tôt, prendre des œstrogènes, étudier ce problème.

On pourra encore dire que “j'ai eu de la chance” je me suis fracturé seulement une vertèbre, qui en quelques semaines sera OK, mais le tassement de trois centimètres reste et peut en provoquer d’autres en chaîne. Hélas, l'examen médical a montré qu’à mes 55 ans à peine, j'ai une “densité d’os” au voisinage du seuil de fracture de femmes de 75 ans et rétablir la densité c'est beaucoup moins facile que de l'entretenir au bon niveau.

C'est la vie ! On ne donne pas assez d'importance et l’on n'étudie pas assez sérieusement ce qui est pourtant primordial pour la vie, notre santé. Les bonnes informations et les mises en garde manquent. pour commencer à prendre des œstrogènes avant la ménopause, mais aussi pour les jeunes quand la "banque de densité" se forme et qu'ils s'enrichissent en buvant assez de lait, en restant assez au soleil (mais pas trop non plus, pour ne pas attraper un cancer de peau). Je vais prévenir Agnès, mais elle a déjà 25 ans, au moins elle pourra se surveiller, le savoir et le contrôler.

Je vais essayer de remonter un peu mon taux de calcium avec l'aide d'un bon docteur, je vais faire attention à ne pas tomber. Vivre avec ce que j'ai.

De toute façon, j'ai François. Il se comporte magnifiquement.

Si l'on peut dire que l’on connaît les gens dans l’adversité, il passe brillamment ce test : il a été absolument, fantastiquement, à côté de moi, avec moi, pendant ma maladie (un mois sans même m’asseoir) et aussi dans mes problèmes Bip, en tout, en m'aimant, me soignant, me gâtant, même plus qu'avant. Oui, ma maladie nous a encore plus rapprochés. Et, il est, lui aussi très heureux de m'avoir à ses côtés.

Nous avons aussi réussi à mieux travailler ensemble, de nos discussions sortent des choses nouvelles qu’aucun de nous séparément ne pourrait réaliser.

Quelle joie énorme, créer ensemble !

Ai-je touché le bois?

10 octobre 1988

Parfois on décide, mais souvent la vie décide pour nous pousser quand nous sommes hésitants.

Je crois que l'accident que je viens d'avoir, ma vertèbre tassée et le repos forcé d'un mois au lit et les problèmes de ma société, me poussent tous vers une fin: repenser ce que je fais, ce que je ferai dans un futur proche.

Le reste, qu'en savons-nous? Comme Brandeiss (mon coautheur) disait ce matin "tout ne va pas mal puisqu'il y a François", oui, un plus très important dans ma vie. François affectueux, tendre et aimant. Il me l'a encore démontré depuis ma maladie. François compagnon de travail, de création. François, compagnon de lit, François compagnon de discussions, des promenades.

François avec qui je pourrai partager mon futur, mes années, tout. On croit maintenant fermement et profondément tous les deux. On en a besoin, tous les deux autant l'un de l'autre et l'on sait donner et recevoir tous les deux avec autant de joie. Entre nous, chaque jour ca va mieux et nous sommes de plus en plus heureux l'un de l'autre. Plus ensemble, plus unis.

Mon problème de dos, en gros, c'est temporaire, même si je serai oblisée de mettre plus de soin à ne pas oublier mon âge dorénavant. Nos difficultés ou différences se résolvent ou se dégonflent au fur et à mesure et l'on se rend compte de plus en plus de tout ce qui nous rapproche, rassemble et surtout nous comprenons mieux nos besoins profonds.

Mon fils est devenu sergent. Lionel va rester, hélas, encore huit mois dans l'armée puisqu'il vient de s'engager volontairement pour encore six mois. Ma fille a fini ses études. Agnès a commencé à travailler et dorénavant gagne sa vie. Nous n'avons pas vraiment tellement de besoins, même François qui sait dépenser, je m'en suis rendu compte récément, qu'il sait aussi économiser. Je le savais déjà depuis longtemps d'ailleurs.

Nous avons aussi les mêmes goûts. Acheter des livres vaut tout l'argent que nous y mettons. Les voyages nous allons pouvoir les faire d'une façon encore plus économique sans que cela nous gêne, et nous avons tous les deux une très grande force de travail.

Hélas, depuis quelque temps j'ai perdu "la boussole me dirigeant" et qui me disait que faire et comment dans l'entreprise et la microinformatique.

J'ai un répit, je n'ai plus le droit de (trop) bouger pendant un certain temps encore et j'ai ainsi le temps de lire et de réfléchir. Et oui, c'est bon d'être ensemble. On doit, on trouvera quoi faire et comment.

Cette année, François a des cours à l'Université vendredi matin et lundi après-midi et soir, cela nous permettra de faire des longs week-ends et de travailler mardi, mercredi et jeudi ensemble. Ca va aussi me faire une soirée libre pour réfléchir - j'en ai besoin de temps à temps. Et il laissera pour nous deux du temps plein de bonheur. De nouveau, je crois que c'est possible. Et cette fois, vraiment, sérieusement.

Que des bons moments

Je n'avais écrit à l'époque que des bons moments.

Je m'en souviens de ces bons moments, même si cela me parait qu'ils sont arrivés non pas il y a dix huit ans, mais dans une autre vie.

La petite veranda le soir, dans la maison d'un vieux couple de retraités italiennes, près de Boston. C'était idilique, les couleurs de coucher de soleil merveillex - et nous nous disputions des détails sur l'informatique.

J'y étais pour participer à MacExpo de Boston annuelle, mais déjà les produits montrés commencaient à me dépasser, moi et ma petite société microinformatique de Paris. Il m'avait accompagné et il avait des grands rêves de futur.

Aujourd'hui, je dois reconnaître que ses rêves d'il y a dix huit ans se sont en grand partie réalisés, même si seulement quinze and plus tard, mais ma société devait vivre dans le présent d'alors, ce que je n'arrivais pas à lui faire comprendre.

Je me souviens aussi de la chaleur et moustiques de l'ile Okrakoke que j'adore toujours et de petite chambre d'en haut où nous pouvions à peine respirer. Mais nous étions amoureux, François plein d'ardeur, moi pleine de bonheur et l'admirant. Il m'a démontré que même s'il n'avait pas de permis de conduire une voiture, pendant son armée militaire dans les montagnes il avait conduit et savait comment le faire sur mauvais terraine. Et très bien. Nous avons trouvé une plage où pratiquement personne d'autre ne venait, autre que les oiseaux sauvages et les divers canard.

C'était féérique, autant que notre passion l'un pour l'autre. Et aussi notre rencontre avec un couple d'universitaires qui nous avait invités chez eux, dans leur maison moderne bâtit curieusement sans aucun porte à l'intérieur.

"Vous ne pouvez pas être marié" me dit par la suite la femme, il a trop de passion pour vous! C'étaient les dernières belles semaines ou jours.

En retournant à Washington, nous avons dû finir l'article à envoyer au magazine sur l'Hypercard et nous nous sommes disputés dessus pendant des heures et des heures. Finalement, il a dû le dicter en téléphone, tellement nous étions en retard.

J'y souris aujourd'hui, oui, c'étaient des jours heureuses de la grande passion, les jours qu'on se le rappelle bien sûr davantage les bons moments et n'a pas envie de l'empoisoner avec des frétilles.

A notre arrivé à Paris, nous avons rendu visite à la troisième personne, celle à qui il avait dicté l'article, et qui ensuite, nous a racompagné tard le soir vers nous.

Nous ne sommes jamais arrivés chez nous.

Au beau milieu de boulevard Saint Michel je crois, pendant que j'étais couché sur le dos en arrière puisque la voiture n'avait que deux places normales et bien sûr j'avais cédé le deuxième a François qui était très grand et avait besoin de place pour ces jambes. Très nerveuse, conduisant brusquement, je me suis dit "mieux nous aurions dû prendre un taxi" - c'était après une heure le matin, au milieu de nuit, je veux dire. Un jeune a brusquement décidé à retourner et notre conductrice a frainé très brusquement, en entrant un peu dans la voiture d'en face.

Moi, j'ai sauté sur mon dos et mes os n'ont pas résisté à l'impact.

A partir de là, ma vie a changé de tout en tout, en pleines des choses. Mais cela je raconterai demain. Ni mon dos, guérri presque après quelques semaines, ni ma société n'ayant pas résisté à mon trop long absence et à la présence de quelqu'un qui 'savait mieux' ni aux banques ayant assez de nous imprunter, n'aurait pas eu de l'importance. Mais l'ardeur et passion de François avait disparu comme d'un coup. Il nous a resté la tendresse, c'est déjà énorme.

Mais très très longtemps, j'étais encore en deuils de cette grande passion perdue de ma vie.

18 septembre 1988

Nous sommes revenus à Paris après deux mois de voyage aux Etats Unis. Beaucoup de moments inoubliables.

Je vais d'abord essayer de me souvenir de ceux qui m'ont le plus enchantée, puis me rappeller ceux monins nombreux, où rien n'allait plus - et réfléchir pourquoi, les analyser pour les éviter autant que possible dans le futur.

Pourquoi d'un coup de me sens fatigée?

A cause de mes lunettes. Sans lunettes je ne vois plus vraiment ce que j'écris, hélas. Mais Julie, attention! Quand tu ne veux pas vraiment réfléchir, "fatiguée d'un coup", il y a un truc caché!

Merveilleux souvenirs de la petit maison chez l'habitant, des couleurs d'automne, la tranquilité de l'endroit, merveilleux moments seuls avec François.

C'était un peu fatigant, oui, mais inoubliable! Je nous vois assis ensemble sur un vieux canapé branlant sur la terasse de la petite maison du cartier italien de Cambridge (banlieu de Boston), en regardant de loin les voisins, leurs fleurs et le coucher de soleil.

Parlant de notre livre en s'embrassant dans la mer de l'ile Okrakoke. La rencontre avec le couple universitaire dans la petite pension vétuste et sympa de l'ile, le vol des oiseaux et la découverte de l'intérêt à vivre avec la nature.

François conduisant une voiture pour la première fois dans les chemins plains des trous et le sable au bord de la mer. Dans le désert ensuite, nager au lever du soleil toute nue dans la piscine de l'hôtel au milieux des cactus et les magnifiques couleurs des fleurs dans le sable.

Nos sentiments de plus en plus fort de couple uni, tendre et très proche l'un de l'autre. Le sentiment d'être vraiment aimé et accepté.

Paix et bonheur

24 juillet

Je viens d'avoir une journée très heureuse. Quelle amoureux François est et combien il m'aime! En plus, j'ai changé ma coiffure, ce qui me va très bien.

25 juillet

Paix extrême en moi et avec le monde. Ordre (presque) dans la maison. Amour et bonheur qui va durer, durer! je le crois de plus en plus.