Le jour d'anniversaire

12 juillet 1991

Dans quelques mois, je vais travailler à temps complet à CNAM et François va enseigner l'Informatique aussi dans une Grande Ecole à Orsay. Lionel va mieux, j'ai passé la journée d’hier avec lui, il est devenu adulte. Il va recommencer l'Université à l'automne. Agnès a trouvé un très bon mari.

Nous allons pouvoir travailler dans les meilleures conditions de créativité et d’environnement, en utilisant chacun de nous, nos connaissances et nos talents au maximum.

La roue de la fortune va vers le haut. Je sais que cela ne durera pas éternellement, mais pourvu que cela dure, cette fois-ci, plus longtemps. Nous travaillons très durement et nous nous aimons très profondément.

Le premier à disparaitre

22 juin 1991

Sandou, le père de mes enfants, mon premier mari et mon premier amant, vient de mourir subitement d'une attaque cardiaque. Je savais qu’il ne se soignait pas, qu’il avait déjà eu deux attaques, que cela pourrait lui arriver, mais je ne croyais pas si tôt.

J'ai essayé de contacter nos enfants, Agnès est en vacances, Lionel découche, et je n’ai pas réussi de les joindre.

Avec ce décès, c'est tout un chapitre qui se ferme. Sandou est le premier de ma génération à disparaître.

Pour nos enfants ça sera un grand choc. Mais comme m'a dit Stéphanie à moi quand mon père est mort “ça leur servira à grandir et devenir plus rapidement adulte”. Mais pour le moment, ça sera dur pour eux.

Comme un poisson dans l'eau

30 mai 1991

Mon chef vient de me dire qu'il a parlé de moi avec le directeur de CNAM, ils viennent de décider qu'ils auront besoin de moi à temps complet. Au lieu d'un contrat externe payé à Bip, que j’avais jusqu’à maintenant, ils me proposent un contrat personnel... dans une catégorie que François dit très bonne “recherche, meilleure classe”. Je pourrai aussi enseigner et ce sera payé en plus. J'aurai de longs congés (comme François).

Cela montre surtout qu'ils sont très contents de mon travail de ces derniers sept mois. Je ne le leur ai rien demandé, mais je l’espérais. Mon prédécesseur est parti parce qu'on le lui avait refusé un contrat de trois ans comme celui-ci.

J'attends avec impatience le début de l'année prochaine quand ça commencera et que je pourrai me sentir vraiment comme “une de Cnam”. C'est une place qui me plaît beaucoup et un environnement qui me convient tout à fait. Je m'y sens comme un “poisson dans l'eau”. Mais il faudrait décider ce que je ferais avec ma société Bip.

Je viens de passer une semaine très dur nerveusement et intellectuellement.

J'ai pris sur moi de faire un cours de Traitement de texte sur des PC et, le dernier minute, on m’a obligée à enseigner une ancienne version que je ne connaissais pas, et en plus, sans souris et sans Windows ! J'ai eu dix élèves, certaines sans aucune expérience de l’ordinateur, d'autres connaissant déjà mieux cette version de traitement de texte que moi... Je m'en suis sortie, ils ont appris, compris, gagné en confiance et j'ai montré que je suis capable d'enseigner même dans l’environnement DOS. J'ai gagné 9.000 F dans une seule semaine ! Très durement, mais j'ai réussi.

Je commence enfin à me relaxer.

Depuis quelques jours, François est plus joyeux, plus détendu et nous découvrons de choses intéressantes dans le nouveau système 7 de Macintosh, nous essayons de comprendre pour ensuite pouvoir l'utiliser, l'introduire et l'enseigner.

Je me sens très bien aujourd’hui !

Un poème trouvé

Un poème par Nancy Simms
adapté par moi (de diverses façons)

Les gens comme VOUS gagnent
Ceux qui prennent des risques
Ils ont peur d’échouer, comme tous,
Mais ne laissent pas leur peur les contrôler. ( ! !)
Ils ne s’avouent pas vaincus,
Quand la vie devient dure
ils s’accrochent jusqu'à ce que ça s’améliore.

Ils sont flexibles.
Ils savent qu’il existe plus d’une voie
et sont prêts à en essayer d'autres.
Ils savent qu’ils ne sont pas parfaits,
Ils respectent leurs faiblesses
et ils utilisent au maximum leurs forces.
Ils tombent mais ne restent pas par terre.

Ils refusent avec entêtement de laisser un échec
les empêcher de regrimper...
Ils ne blâment pas la vie pour leur échec (si)
ni la chance pour leur succès. (ça aide)
Ils acceptent la responsabilité de leur vie.

De l’ordinaire, ils font l’extraordinaire
Ils croient en le chemin qu’ils ont choisi,
même quand c’est dur,
même quand les autres ne voient pas où ils vont
Ils sont tenaces : Ils sont comme toi.
Ils font de ce monde une meilleure place à vivre.

Autre traduction :

Ils ne se laissent pas contrôler par la peur,
n'abandonnent pas quand la vie devient dure,
mais s'accrochent jusqu’à ce qu'elle s’améliore.
ils sont flexibles : ils savent qu'il y a plus d'une voie
et sont prêts à en essayer d'autres.

Sachant qu'ils ne sont pas parfaits,
ils respectent leurs faiblesses et utilisent à plein leurs forces.
ils tombent, mais ne restent pas, ils refusent avec entêtement
de permettre qu'un échec les empêche de se relever
Ils n'accusent pas le sort de leurs échecs ou chance (rarement)
Ils acceptent la responsabilité de leur vie.

Ils voient du bon dans chaque chose,
de l'ordinaire ils font l'extraordinaire.
Ils croient en la voie qu'ils ont choisie même quand c'est dur,
même quand d'autres ne voient pas où ils vont.
Ils sont des gens comme vous.
Ils laissent après eux mieux qu’ils ont trouvés.

ou alors :
Prends des risques !
Ne laisse la crainte de l'échec te dominer
N'abandonne pas ! quand ça va mal, accroche-toi !
Sois flexible : il y a plus d'une voie, cherche-les
Tu n’es pas parfait, tu le sais, mais respecte tes faiblesses
Et sache profiter à plein de tes points forts
Sois positif : il y a du bon en tout
Crois en la voie que tu t'es choisie,
Même quand c'est dur et que les autres ne voient pas où elle mène
Aie confiance en toi !

Moi aussi, en ce qui concerne mon travail, je suis passée à travers une longue route déserte ces derniers mois, mais de nouveau la roue va vers en haut. J'ai cherché et trouvé une nouvelle voie, me convenant encore mieux.

Pourvu que ça dure

20 avril 1991

Plein de choses bonnes et intéressantes se sont passées depuis novembre, le mois où tout a commencé pour nous.

Notre mariage. Que c'est bon d'être mariée avec François ! Soutenue par l'autre en tout. Vraiment aimée, conseillée, écoutée, comprise.

Au travail. Pour EDF j'ai enseigné Windows 3, le tableur Excel et ToolBook (Hypercard sur Windows), déjà à plusieurs groupes. Ils ont dit que je suis claire, patiente, utilisant leurs mots et étant à l'écoute de chacun.

À Cnam, je me sens comme un “poisson dans l'eau”. J'ai un chef qui me laisse la liberté d’agir et le temps de découvrir et des centaines de personnes qui ont besoin de mes conseils, de formation et de l’aide. Ce que j'aime faire.

J'ai fait deux cours d’une semaine sur HyperCard et le mois prochain j'en aurai deux autres. Mes stagiaires se sont déjà mise à faire des diverses applications HyperCard.

J'ai mis l'Annuaire Téléphonique de CNAM dans une pile HyperCard consultable sur l’ordinateur et qu’on pourrait modifier et imprimer à partir de là, j’ai construit un : "Suivi de clients", un "Bons de commande", et la suivie à CNAM des Mac et de leurs utilisateurs, et même une programme - pile pour la Serrurerie. En utilisant une idée trouvée dans un livre et avec l'aide de François, j'ai réussi à créer un “Mailing personnalisé” envoyé à tous les utilisateurs micro. Nous avons commencé à gonfler des mémoires de Mac, pour préparer l'arrivée du nouveau système 7. Je viens de faire les premiers contacts avec l’extérieur : avec Apple et avec Microsoft, d'autres suivront bientôt.

Je suis “Madame Mac” pour les 1200 personnes travaillant ici, où il y a déjà plus de 350 Macintosh. Je ne crois pas que j'aurais pu m'imaginer un meilleur milieu de travail pour tout ce que je sais et pour tout ce que j'aime faire.

Pourvu que ça dure...

Et pourquoi pas ? Ils ont autant besoin de moi que moi d'eux...

Mes élèves adultes, dix à douze à la fois, aiment ma façon d'enseigner et trouvent mes cours efficaces, utiles, sont bien enseignés et même amusants ! Quelle joie ! Dans ce cas, mon accent, ma façon de parler s'efface et ils comprennent ce que j'ai voulu leur transmettre. En même temps, je réussis à démontrer à tous - qu'ils PEUVENT.

Et le culte de l'utilité de l'HyperCard se répand : pour traquer des informations, faire des rapports et étiquettes, pour le suivi des clients, des livres, des conférences... Bientôt ce sera la tour de l’Annuaire électronique sur le Réseau : l'information au bout d'un clic. Ensuite, mes élèves programmeurs feront aussi d'autres applications, puis transmettront aux autres ce qu'ils ont appris.

15 février91

Mon enseignement à Bordeaux s’est très bien passé.

Que c'est bon quelquefois de prendre un bain (et pas seulement une douche).

J’ai découvert Michel Serres : son livre “Le Tiers Instruit” m’a déjà aidée. J’ai utilisé pendant mon cours sa métaphore de la rivière - si difficile ) traverser quelquefois. Les comptables l’ont apprécié et elle leur a donné du courage pour passer le cap, s'ouvrir, aborder la micro informatique et l'utilisation des tableurs excell.

12 février 1991

C'est fantastique, que de vies j’ai eues, que de métiers divers j’ai fait. J'ai réussi à obtenir une mi-temps comme « Responsable Assistance Macintosh pour tout le Conservatoire National D’arts et de Métiers» (CNAM) jusqu'à la fin de l'année. Très intéressant ! Et la semaine prochaine je vais tenir mes premiers cours sur HyperCard.

Cette semaine je suis à Bordeaux où j'enseigne - devinez quoi ? Windows 3 et Excel sur des PC ! Moi, sur des ordinateurs PC !

Je commence déjà à avoir une méthode bien rodée et, je peux dire, avec une très bonne pédagogie, des élèves adultes d’EDF étaient très contents.

Notre livre HyperCard numéro deux progresse lentement mais sûrement, et surtout, mon entente avec François croît. Être ensemble avec lui devient de plus en plus merveilleux !

À part un petit rhume et le fait que je n'ai pas de temps, ni la patience de m'occuper des affaires de Bip, tout va bien et j'ai recommencé à gagner de l'argent en travaillant en même temps pour plusieurs sociétés.

François est en train de créer un magnifique programme de “Planification des salles d’enseignement” en HyperCard, qui progresse très bien. J'ai réussi à terminer mon programme de “Ventilation des dépenses” commandé par Nicole pour l’Institut de Programmation. Les gens de la Sorbonne m'ont rappelée, me demandant de continuer notre collaboration. Ça boume !

J'espère que de bonnes choses arriveront aussi à François, il est fort talentueux et fait des programmes fantastiques. Et en plus, il est en train de découvrir une nouvelle méthode. Bien sûr, les grandes idées, les découvertes qu'il fait prennent beaucoup de temps à mûrir.

En discutant, nous apprenons énormément l'un de l'autre. Et, plus le temps passe, mieux nous travaillons ensemble, en plus grande harmonie et plus efficacement. C'est si fantastique d'être vraiment, profondément ensemble, se sentir tellement “Nous”! De nombreuses sensations jamais partagées, senties, si fortes et si réciproques!

La guerre du Golfe, les nouvelles sur Israël, la vie «à la française» selon François produisent quelquefois une tension passagère entre nous. Mais on se comprend, il me comprend ; et nos opinions différentes ne se mettent pas entre nous.

Je viens de lui parler. Que c'est bon! Il me réchauffe le cœur!

Agnès est mariée et, je l'espère, heureuse, par contre, Lionel n'a pas retrouvé son équilibre depuis notre retour. Moi, je suis bien, grâce à la chaleur du François et grâce à mon travail passionnant, mais Lionel est resté déséquilibré depuis notre voyage. Je n'ai pas su l'aider assez bien, j'espère qu’à notre retour des vacances je réussirai. Je l'espère.

Sur la recommandation du médecin de François, nous partons bientôt pour nous détendre, nous reposer. Nous avons besoin de vraie détente. Mais le peut-on avec ces temps agités? Il le faut, pour reprendre des forces pour tout ce qui arrivera.

Café Nord-Sud

J'habitais rue Mont Cenis, mais tout en haut, néamoins le café restaurant Nord-Sud était un de nos lieux préférés et j'ai beaucoup des souvenirs agréables des rencontres et des discussions.

Comme je n'arrive pas ouvrir mon blog directement, j'envois ceci à la place aujourd'hui. "Il" est venu habiter chez moi, dès le 3eme mois, nous nous sommes mariés à la mairie de 18e en face.

Maintenant tout cela n'est qu'un souvenir, mais au cours des années, il y eu pas mal très belles moments.

5 janvier 1991 Paris

Enfin à la maison ! Enfin avec François ! Enfin avec quelqu'un ayant besoin de moi, avec qui je peux vraiment PARLER, converser.

Mais les effets de ces quelques jours seront longs à s’effacer.

Des heurts profonds sont à guérir. Il faudra faire très attention à ce dont on s'entoure, où l’on va seule, pour combien de temps, et apprendre à défendre mon bonheur intérieur.

Il faudra savoir mieux me défendre.

Je suis arrivée à Washington en nouvelle mariée resplendissante de bonheur. J'en suis partie en femme aigrie, nerveuse, les derniers jours, même le miroir me faisait peur.

Je dois regagner cette Julie d'avant, dans l’atmosphère tendre dont François m’entoure, j'ai déjà fait des progrès. Là-bas, Lionel avait tout fait pour m'aider, m'entourer, me défendre, mais finalement lui‑même a été aussi influencé par Agnès et l'atmosphère créée par Sandou et sa sœur.

Mon éclat d'avant n'est pas encore revenu.

Je me suis plongée dans Windows 3 qui vient de sortir en Amérique, il ressemble beaucoup au « bureau » de Macintosh, je vais l’enseigner sur des PC à EDF. Je suis très active, mais je reste encore blessée. Il me faudrait du recul pour analyser ce qui s’est passé et du temps pour refermer mes blessures. Je n'aurais pas dû partir sans François. C'est du passé, on ne peut plus le changer. Ne pas pleurer sur ce qu'on ne peut plus changer !

Agnès s'est encore éloignée de moi. Naïvement, je croyais que malgré dix ans de vie loin l’un de l’autre on peut rester près, se comprendre. Pourquoi était-elle tout le temps sur la défensive? Pour prouver qu'elle n'a pas, n'a plus besoin de sa mère ? Qu'elle est adulte, donc peut et va décider toute seule sans avoir besoin des conseils, de l'aide de sa mère? Qu'elle ne dépend plus financièrement de moi et donc ne doit plus même avoir de liens intellectuels et affectifs?

D'après Stéphanie c'est justement le signe qu'elle n'est pas encore devenue adulte, qu'elle vit toujours dans ses rêves. La façon dont elle a agencé son mariage le prouve aussi. Elle m'a fait de la peine. Est–elle vraiment heureuse ou joue–t–elle un rôle? Elle a heurté des autres aussi. Comment peut-on faire mal aux autres quand on est heureuse?

On aime, on est aimé, on est heureux, on veut du bien à tout le monde autour de nous. À condition de ne pas être entouré de gens qui veulent nous désunir ou détruire notre bonheur. M'a-t-elle vue ainsi ? Peut-être je lui ai conseillé d'agir d'une façon qui n'était pas dans son rêve, en critiquant son mariage mi-juif, avec traduction roumaine. Elle n'a pas encore surmonté l'échec de son ancien mariage et tombe maintenant dans l'excès contraire?

J'espère que Dan - et leurs futurs enfants - vont changer la relation entre nous. Pour le moment je ne sais même plus quoi dire et comment parler à Agnès. Je pense à elle et je me sens amère. Ce n'est pas bien, mais c'est la réalité.

Professionnellement je n'ai pas perdu mon temps en Amérique, mais j'ai perdu un peu de mon bonheur interne, de mon éclat. Anna me dit : «Cela te reviendra rapidement ! Prends patience.»


Il a fallu de temp pour qu'elle veuille me parler de nouveau, probablement elle en a eu besoin pour s'éloigner, grandir. Refaire sa vie, ailleurs, autrement.

23 décembre

Dans l'avion vers USA

Chez Agnès, j'essaierai de ne pas trop me mettre en avant par rapport aux autres membres de la famille. Don m'est encore assez étranger, mais pour Agnès il va être ce dont elle a vraiment besoin et peut-être pourrons-nous nous rapprocher avec le temps.

Elle a invité Sandou (mon ex) et ma belle sœur, mais j’y vais seule, sans François.

25 décembre 1990 Washington

Aujourd'hui Agnès s’est unie avec Dan. Elle était une très belle mariée. Elle a eu un joli mariage, planifié, organisé en grande partie par elle. Ils vont très bien ensemble et ils s'aiment beaucoup.
Le fait que nos familles sont très différentes ne va pas les gêner, puisque nous serons loin, sauf s’ils ont besoin de nous pour leurs gosses. Don a un très bon cœur et aime très profondément Agnès.

Le jour du mariage Sandou (mon ex) s’est comporté comme il faut, mais hier, lors de notre premier rencontre avec les parents de Don, non. Il est venu en retard et ivre mort.

François me manque. Je parle beaucoup de lui. Encore cinq jours et nous serons ensemble.

Demain je dois faire un chou farci, ensuite acheter le lecteur de disque pour notre Mac, téléphoner au club Apple de Washington et acheter des livres sur Windows 3.

Je suis éreintée.

Agnès, « Angie » en anglais, est sur la bonne voie. C'est très important. Est–elle aussi bien en elle-même? Sinon, pourquoi n'a t elle pas tenu compte de nous ? Elle m'a heurtée, peinée, énervée ces derniers jours, en s'esquivant, se cachant, en évitant de me parler et en refusant de m’écouter.
C'était la dernière fois que j'ai vu Sandou. Puis, je lui avais dit plus tard au téléphone de boire moins pour soigner davantage sa santé. Il est parti en Roumanie. Et subitement mort quelques semaines à peine après.