12 mai 2002

J’ai relu et mis en Macintosh un de mes journaux de 1996 que je viens de retrouver, en me rendant compte quel salaud était-il déjà à cette époque là! Mais aussi de la vraie amitié de Michel qui m’a encouragé et conseillé positivement dans mes écrits à la même époque, contrairement à mon mari.

En fait, j’avais deux amis : Stéphanie et Michel, ils m’ont encouragée, compris ce que je voulais dire. En plus, Michel, malgré ses doigts lui faisant mal, a corrigé à la main et dans l’esprit de ce que j’écrivais, tous mes textes. En me faisant des observations sans me rabaisser, comme le faisait mon cher mari. (Bientôt ex!) François n’a pas compris mes intentions, n’a jamais pénétré vraiment dans mes textes. Ne pouvait-il voir la forêt à cause des arbres? Ou était-il trop plein de lui-même et ses idées pour y prêter attention, profondément?

Il a trouvé assez des erreurs pour me blesser, me critiquer, me diminuer. Les fautes d’orthographe, de grammaire, le style pas assez 'littéraire'. Les heurts les plus profonds, l’arrestation de mon père, avec tout qui s’ensuivit qu’il utilisa contre moi, comme glaive les derniers instants qu’on a passé ensemble dans notre logement encore commun.

J’ai besoin de tous les amis, amies que je peux avoir.

De Bruce, Pierre, anciens amants, beaucoup moins, ou alors, seulement si l’ancien lien peut se transformer en amitié. Avec Nicolas, c’était possible. Pourquoi pas avec les autres?

De toute de façon, malgré que mes pulsions n’aient pas disparu, je ne suis pas prête pour autre chose et de loin s’en faut. Il faudrait non seulement maigrir et me sentir mieux dans ma peau, mais éloigner les fantômes et reprendre courage et de confiance en hommes, gens. Cette confiance est la plus dure à regagner, si jamais possible, que le reste, extérieure et superficielle.

Bonne journée- il est huit heures de matin.

« Fondamentalement bon ?»

10 mai 2002

J’ai mon héros ! Je viens le rêver et aussi la première visite qu’elle lui fait, mais elle est encore en ombre. J’espère qu’avec le temps, ils se dévoileront devant moi et entre eux.

Hier j’ai gardé David, mais nous lui avons laissé trop longtemps regarder la vidéo. Il n’a qu’un an et demi. Après une courte sieste, j’ai visité Stéphanie à son hôtel.

"Raconte !" dit-elle, comme d’habitude.

J’ai raconté mon dernier rencontre avec François et mon cauchemar.

— C’est un homme bon, malgré tout.

— Bon ? sans ajouter « il aime torturer », mais c’était dans le ton.

— Mais très malade. Après un temps elle ajoute: Pourquoi tu es resté avec lui tant? Comment as-tu pu supporter? C’était tellement dur!

— À cause de ce que tu viens de dire : sa maladie. On se marie pour le 'bon et le pire'. Je devais supporter le pire. Tant que j’ai pu.

— Même davantage. Et en plus, il était jaloux de tes succès. Tous tes succès.

— Pourtant, c’est pour ça qu’il a été attiré. Quand mon livre est sorti. Et en même temps, il a tout fait pour m’empêcher ensuite…

— Il n’a pas supporté quand tu as continué à avancer. À chaque fois. Et il trépignait sur la même place.

— Mon estomac est tout chamboulé depuis quelques jours. Je ne comprends pas.

— Nous nous disons que cela ne nous fait plus rien, mais ce n’est pas possible en réalité. Tu t’inquiètes toujours pour lui. Moi aussi. C’est quand même quelqu’un de fondamentalement bon.

— Ce que prétendait mon fils aussi. Avant le voir en action en décembre. Et moi?

Il n’a pas supporté que mon livre sur Hypercard devienne un best-seller et encore moins l’excellent critique dans Le Point sur moi et le livre. C’était au tout début. Il est devenu désagréable presque aussitôt. On pourrait dire 'ce n’est que des paroles'. Mais j’étais en train de m’y mettre écrire la suite du livre et il m’en a empêché en se mettant entre moi et mon co-auteur, puis entre moi et ma table de matières préparées, ensuite entre moi et mon intention de donner courage aux lecteurs. Le contenu, la forme. Jusqu’à je comprenne : le livre ou lui. À l’époque, je l’est choisi. Lui, l’amour, la famille, plus important.

Est-ce le marque d’un homme 'bon'?

Il n’a pas pu me décourager en tout, pourtant, dieu sait s’il a essayé. Réussi pas mal, surtout quand il y avait d’autres, plus influençables autour de moi. L’a-t-il fait consciemment? N’importe, le résultat a été la même. CNAM, MGEN, Mes Journaux, il n’est pas responsable pour tous mes échecs, empêchements, mais de pas mal.

Bon, mais malade ?

Maladivement jaloux ?

Et je n’ai pas raconté à personne ce qui se passait entre nous, les choses trop intimes. « Je n’aime pas ça ! » « Mais non, tu verras, je te prouverais. » « Non, j’aime ça. » Et il évita, contourna, voulant continuellement prouver ses propres vérités, même en cela. Bon ?

J’ai lu une blague dans le télé journal de Lionel hier :

— Nous avons beaucoup en commun, mon mari et moi, disait une dame à son amie.

— Par exemple ?

— Je l’aime et il s’aime, lui aussi.

Je le trouvais vulnérable, je l’aimais. Il m’aimait parce que je l’aimais. Admirais. Jusqu’à ce que je ne puisse l’admirer davantage. Alors, il s’était mis à me haïr.

Il est bon? Et tout qu’il a fait ces derniers temps?

Il a été téléguidé, sous emprise. C’est probable. Pourtant… Oui. Il est adulte, majeur.

Il n’y a rien à faire. Il est responsable de ses actes. Personne ne peut l’empêcher s’auto détruire.

Stéphanie est convaincue que cette femme fera tout pour le détruire. Se mariant, puis…

— C’est à ses enfants qu’il incombera de s’en occuper ensuite. Tu as fait plus qu’était humainement possible.

Est-ce qu’il pressent déjà l’orage s’approcher? Regret-il déjà, comme dit mon amie, les choses de passé?

Que m’importe. Laisse tout cela derrière toi !

Je le laisse, sauf, finir ce que j’avais à écrire. Mais mon estomac, mon corps ne sont pas aussi dociles. Se révoltent, restent encore bouleversés malgré ce que ma tête décide.

Hier, je l'ai rencontré

8 mai 02

Hier j’ai rencontré François, après des mois.

Il a fort mauvaise mine, loin de son mine rayonnant lors notre entrevue de séparation. Il a été poli, davantage que je me souvenais : il m’a tenu la porte pour sortir des Impôts.

Il m’a demandé :

— Quand va-t-on devant le juge ?

Il lui semblait que ça va trop lentement.

— Ils sont surchargés, j’ai répondu.

— Quand la demande a été déposée ? A-t-il été déposé ?

Je me suis dit : comment il ne s’en souvient pas, ne le sait pas? mais j’ai seulement répondu.

— Le trois.

— Quoi ? Trois mai ? Seulement?

— Non, le trois avril.

— Ah, bon.

L’air de chien battu et malade.

Le soir, j’ai parlé avec Stéphanie qui arrive demain à Paris pour fixer le lieu et l’heure de notre rencontre. On lui a mis des tuiles dans la cour, mais pastel à la place des couleurs vives qu’elle aurait voulu. «Je ne vois pas les couleurs, sauf aussitôt après la pluie. Mais on me dit, c’est beau.»

En parlant de ce livre et que je ferais, j’ai changé le nom, mais. «Ne t’en fais pas, d’ici là…». Finis, puis mets-le sur l’étagère. Ferme le chapitre et continue ton chemin.

Son observation m’a fort secoué, heureusement, toutes ses prédictions ne s’avèrent pas justes. Elle est convaincue que la femme, une fois mariée, va aussitôt le quitter et aller en Afrique et qu’il a cette mine en sachant déjà qu’elle le quittera.

Je veux ce livre publié. Sa bonne fin ne sera pas happy end entre nous, même pas le happy divorce prononcé et signé par le juge, mais la publication de ce livre ou d’un autre livre écrit par moi. Alors, le cercle sera fermé.

Je veux le voir publié, mais je ne souhaite pas avant qu’il meurt. Il n’est plus 'Lui', j’ai déjà fait son deuil, le deuil de 'mon amour pour toujours', le deuil de celui qui était 'destiné dans cette vie'. Celui qui était hier devant moi, c’était un autre. Je ne lui souhaite rien de terrible. Juste l’éloignement de moi.

Avant diner, madame Filipetto m’a rendu visite et a raconté de son amie qui venait le visiter.

« Son mari l’insulte tout le temps. »

Je pensais : moi, personne ne m’embête plus.

« Il doit avoir toujours raison. Il est agressif. Il faut rien lui dire, pas lui répondre. »

Je songeais : je connais, connaissais la chanson.

« Il est allongé sur le lit, malade et méchant contre sa femme. »

Il n’était pas le seul.

« Vous, personne ne vous embête ici, au fond de la cour. »

Ah oui ! Et enfin, il fait beau dehors, aussi. Hier j’ai dîné devant la maison, dans la cour. Mes voisins sont discrets, on les entend rarement. Je les entendrais plus pour quelque mois, puisque l’été les fenêtres sont ouvertes et, dans le jardin, nos 'salons de dehors' ne sont séparés que par un haïe.

J’étais même gênée, puisque Mme Filipetto n’entend pas bien et parle très fort, ma voisine lisait au pas de sa porte tranquillement et son mari lui parla plus tard d’une voix basse. J’étais obligée d’élever ma voix de temps en temps "Quoi ? Que dites-vous ?" demandait mme Filipetto sinon. Hier, toute sa distraction pour la journée était les quelques paroles échangées avec moi.

Elle s’ennuie à mourir.

Depuis quelque temps, j’hésite d’aller chez elle, ça sent terrible. Je préfère la 'recevoir' dans le jardin. Quand c’est possible, après que mes voisins sont partis, pour les déranger moins, mais depuis Pâques, il est au chômage et sort rarement.

Heureusement, madame Filipetto n’a pas voulu du radio que je lui avais acheté «Trop compliqué pour moi !». Ce matin, j’ai découvert comment changer les postes, en fait il cherche lui-même. Je me délecte de silence, mais je voulais écouter ce qu’on dise du nouveau gouvernement. J’écoute la musique aussi de temps en temps. Quand elle ne me plait pas, je change de longueur d’onde. Ce n’est pas comme mon futur ex qui parlait sans cesse sur une seule piste, impossible le switcher, zapper.

Personne ne m’insulte plus, au moins chez moi. J’ai toujours raison ici et je vis à ma guise. Mes petits-enfants pas loin, me réchauffent le cœur, lundi je les ai couchés.

Il fait beau. La maison, ses pièces sont accueillantes. J’ai plein de bonnes choses dans le frigo et le congélateur. Depuis ce matin, même une musique d’ambiance. Je ne le laisserai pas marcher toute la journée, mais pour le moment elle me fait plaisir.

Pas longtemps. Ils viennent de répéter pour la troisième fois depuis une heure, les deux attentats de hier. Une fois, c’était intéressant à savoir, l’entendre la 3e fois est embêtante. Trop.

Bon, je change de poste, trouve quelque chose reposant ou je ferme. Les femmes ministres et pas de 'jupettes' : une femme ministre de l’armée! Ils parlent des ministres, mais ils ne donnent parole qu’aux socialistes qui les critiquent, pourquoi pas aussi aux autres? Ou alors aux ministres pour qu’ils parlent de leurs intentions. Existe-t-il un poste positif, optimiste, agréable à écouter? Aurais-je la patience de chercher? Finalement, j’ai l’impression qu’ils ont bien choisi : un philosophe enseignant à L’éducation ; une femme à l’Armée ; un diplomate à Externe, Sarkozi à l’Intérieur, un grand patron au Finances, et ainsi de suite.

« Morceaux de chair humaine projetés loin. » Ouf ! Ouf ! Je veux bien des détails, mais pas ça! Pas ça! Ils le disent des Français, mais ils passent rapidement sur l’attentat sur des Israéliens. Torpiller la paix, hélas. Comment faire la paix? Maintenant ils parlent des catastrophes aériennes. Je viens d’acheter mon billet. En août, j’irai à Washington. J’espère, j’espère qu’il se passera bien.

Le problème est que depuis ma cheville heurte, je crains d'aller loin.

3 mai 2002

J’ai reçu hier « Bibi » de Karine Mihaëlis, auteur danois, un livre écrit vers 1927. C’était le premier roman écouté (puis lu et relu) de ma jeunesse. Il raconte l'odissée d'une petite fille sans mère qui prend la route pour aller voir des grands parents inconnus et sur le chemin, pleine des aventures lui arrivent. C'est resté un régal, n’a pas pris une seule ride! Je présume que cent ans plus tard, il aura autant de charme et d’impact.

Ce matin, j’ai pris mon petit-déjeuner au lit, comme d’habitude. Café, demi pamplemousse et pain grillé. Depuis un temps, j’ai ajoute sur le pain un peu de fromage de chèvre Chevroux à la place de beurre.

Je me suis souvenue, en étalant le fromage sur la tartine grillée, combien François rouspétait à chaque fois qu’il m’apercevait manger ou tartiner du pain avec du beurre.

De ses longs discours accusateurs, ses yeux, son visage désapprobateur. Aujourd’hui, je me demande à quoi c’était dû son dégout de tranche beurré ou alors, tout simplement c’était un élément de manipulation, prise de contrôle, appris des sectes. Règles à éditer, comportement à contrôler, vocabulaire à changer.

Il était aussi, même si avec moins de virulence, contre le pain grillé et il cachait à chaque fois notre grille-pain que j’avais acheté derrière la cafetière, en le déconnectant. Finalement, j’avais renoncé à l’utiliser régulièrement.

Maintenant, j’ai 'ma façon de faire'. Avant d’entrer dans la salle de bains, je mets l’eau à chauffer, le pain à griller. Le Ness et sucrette dans la tasse, sur le plateau à iris. En sortant, je coupe le pamplemousse, fait le café, prends le pain et le fromage et range le tout sur mon plateau et, près de lit, je le pose sur ma petite table qui a des bords, juste pour soutenir ce plateau.

Petit-déjeuner au lit. Savourer le café noir, presque amer, bien chaud. Le pamplemousse juteux, extraire le pulpe et le jus. Mâcher en dégustant le pain avec fromage ou tout nu, mais avec grain de sept céréales dedans le parfumant. Ce matin, j’ai grillé une moitié de ficelle restée de hier pour ne pas le jeter.

Que c’est bon le pain grillé !

Vers la fin, je l’ai trempé dans le café. Merveilleux ! Puis, je me suis rappelé maman : On ne trempe pas le pain dans la soupe, seulement les paysans le font. Bien sûr, le pain était dur, leurs dents pas trop bonnes : paysans et vieux. Ou vieilles, comme moi.

Cela dit, le pain grillé devient très facile à manger, nul besoin de tirer avec les dents comme quelquefois avec le pain frais. Le frais, c’est croquant, mou. Mais pour les lendemains, le pain américain congelé, puis grillé est délicieux. Complet ou aux céréales. Délectable?

Avez-vous faim ? J’ai presque envie de recommencer.

Il est six heures et demie, je me suis réveillée, il y a une heure. Je dors assez, je me suis couché hier à neuf heures de soir.

J'espère et je crains


2 mai 2002

Que m’apporte le mois de mai ?

J’espère mais je le crains.

Les corrections et modifications avancent bien. Mon pied heurte. Ma voiture est en réparation. J’ai eu une jeune femme pour m’aider faire le gros du ménage, laver les fenêtre, frotter le bois par terre, m’aider à mettre des livres sur les étagères supérieures. Nous avons mangé ensemble, discuté. Elle a trois jeunes enfants. J’économiserai sur l’achat des livres et la maison sera mieux entretenue. Mon secrétaire brille et la baignoire aussi, le reste viendra.

La semaine prochaine, rencontre avec François et l’inspectrice d’impôts, peut-être il ne viendra pas. Malgré tout, mon estomac se contracte à l’idée d’un nouveau contact avec lui. Je voudrais pouvoir regarder tout de loin et ne me sentir plus menacé de je ne sais pas quoi, ne plus craindre ce qui me tombera sur ma tête.

Eh bien, je fais tout ce que je peux et ensuite, le sort (et les autres) fera ce qu’il voudra. Bientôt, Stéphanie vient à Paris, ensuite je serai avec David et Lionel, la petite et sa mère vont voir la sœur d’Anelise pour quelques jours. En août je serai chez Agnès pour deux ou trois semaines, le reste, je verrai.

Encore un atelier d’écriture pour juillet ? Un voyage à Colorado fin août? On verra. Mais je n’irai pas en Gers, il pourrait réveiller trop de souvenirs de vacances derniers. Colorado me tente, mais chez pas donné. Admirer la nature ? Acheter des livres d’occasion? Je le ferai à Washington ou dans les environs où je connais les bonnes places.

Avec l’âge, mes problèmes récents de santé, je deviens moins aventureuse, il faudrait pourtant profiter de ce vaste monde qui m’attend, des endroits à découvrir, odeurs à humer, couleurs à admirer.

Faire un pas vers les autres, sans les bousculer ou effrayer, trop demander.

Patience, Julie, un jour, une amie ou ami surgira.

2008: après six ans, j'attends toujours...

Je dois continuer à sortir

25 avril 02

Il faisait chaud, cette nuit. J’ai arrêté le chauffage et ouverte les fenêtres. Et ce matin, je me suis réveillée aux chants des merles. Le buisson devant la fenêtre bourgeonne et les oiseaux ont dû y faire leur nid.

Bientôt, j’irai à Paris, près du parc Luxembourg, participer à une animation d’écriture théâtrale. J’écris beaucoup, mais toujours sur le même sujet, devrais-je m’éloigner, prendre la peau d’un personnage fort différent? Ressasser la séparation, les heurts, ça suffit! Il faut faire le saut pour sortir du brouillard, au moins, prendre la première marche.

Cette semaine, rencontres intéressantes, ouverture d’esprit, diversité. Mais tous passionné pour ce qu’on écrit, mettre en scène ce qu’on imagine. Que de talents!

Je dois continuer à sortir. Chercher d’activités, trouver d’occasions.

Les oiseaux chantent toujours. Hier, ma voisine a déposé des muguètes de son jardin devant ma porte.

«Qu’est-ce que vous vouliez dire»? me demanda l’animatrice. On ne se demande pas quand on se lance, mais il faut interroger le texte, pas soi. Elle a raison aussi me dire, il faut resserrer l’écriture. Élaguer les récurrentes inutiles, le déjà dites.

Il ne faut pas trop vite juger les autres.

Tout observation, tout rencontre peut servir. Elle a raison de noter: que de croquis, de personnage à tirer juste en traversant lentement le parc, écoutant les gens, les regardant.

L’interaction avec les autres a été merveilleuse, chacun a apporté aux autres au moins autant que l’animatrice. Douze participants. J’ai parlé, discuté avec plusieurs.

Henry, le retraité disait que 'Princesse' est un personnage intéressant et je devrais publier ce petit roman. Irène, retraité des standards téléphoniques, joue dans théâtres amateurs et m’a remercié pour lui avoir prêté mon livre sur l’écriture. Je vais m’en inspirer pour écrire, disait-elle. La belle femme d’origine mêlée, polonaise et égyptienne juive, vit avec un syrien - belge, travaille avec marionnettes et d'autres, pour le moment sur la Tragédie de l’Homme de Madàch. Bonne actrice, elle est aussi une très bon écrivain, pleine de flamme.

L’amie de l’animatrice que j’ai crue trop 'intellectuelle' au début, avec la mauvaise connotation qu’on lui donne ici, a écrit une scène 'Manifestons, allons à reculons' formidable et marrant que nous avons mis en scène et joué hier devant les autres.

L’énergique actrice petit et ronde, pleine de vie et de patience. Elle a dû en baver, mais elle va en avant. Se lance, mène.

Et toutes les autres.

Henry, le seul homme du groupe s’est fort bien intégré et a bien joué. Ai-je oublié de jouer? Ai-je jamais su? Devrais-je essayer pour sortir davantage de moi-même? M’obliger de bouger plus, parler plus fort, mieux énoncer, m’impliquer surtout davantage dans la vie qui s’écoule autour.

Tout en me laissant temps de contempler mon jardin, m’en réjouir.

2008: c'était loin, j'avais presque oublié, hélas il m'a aussi dit qu'écrire des pièces de théâtres ce n'est pas un des mes talents mais surtout que c'est si dur de les faire jouer! Depuis, je n'ai pas écrit du théâtre, pourtant ma rêve de jeunesse.

20 avril 2002

Je viens de me réveiller ce matin, il est quatre heures. J’ai rêvé d’être dans un lieu magique.

Je sais d’un coup pourquoi mon estomac s’était révolté avant-hier et encore hier j’ai eu des nausées: quelque part à l’intérieur, j’ai mal supporté lire à haut voix le passage sur le logement de Montmartre. Même en écrivant, maintenant, une salive amère envahit ma bouche. Ce n’est pas dû à quelque aliment avarié que j’aurais mangé comme je croyais, faute d’avoir trouvé pourquoi je n’arrivais plus à continuer mon travail de correction.

Oui, je tenais à cet appartement, je l’ai aimé. Plus que François? Probablement. Plus que ce qu’il est devenu, nettement plus. Évoquer revivre les heurts qu’il m’a causés n’était pas agréable non plus, mais le deuil du logement qui a révolté mon ventre.

Contempler les photos récentes de moi, ne m’a pas enchanté non plus. Qu’a–t–il réussi à faire de moi en dix ans!?

Non. Non! C’est moi qui est devenue ainsi.

Je ne suis plus belle, attirante, que dans les yeux et la présence de mes petits-enfants. Leurs visages s’illuminent dès qu’ils m’aperçoivent. En leur présence, avec eux dans mes bras, mon visage change aussi, s’adoucit, rayonne. Je retrouve dans le miroir de l’ascenseur que nous regardons ensemble, David et moi, Gaby et moi, quelqu’un d’agréable et que je ne réfute pas.

Regard encore une fois, disais-je à David, pensant qu’il s’admirera dans le miroir et ne s’approchera ainsi pas de la porte.

-Ma !Ma ! il m’a aperçu dans la glace.

-Non, dis-je, me rendant compte. Mamie.

-Mamie ! montra-t-il alors heureux avec ses doigts, heureux de ce qu’il voyait.

Je me regarde rarement en miroir, mais les photos, hélas, ne mentent pas.

Qu’est-je devenue? Pourrais-je m’y échapper?

«Beaucoup mieux qu’il y a un an», disait Stéphanie. «Nettement plus jeune qu’à votre arrivé», dit ma voisine. Possible. Pas encore assez.

Il faut finir ce journal, ce divorce, le livre de ce deuil de ce qui était et me lancer dans… ce qui est au-delà de brouillard. Pas la rencontre éventuelle avec Bruce ou Pierre, fantômes de passé, se rappelant la Julie ancienne, celle de 33 ou de 45 ans. L’avenir réside ailleurs.

Même ce logement ne m’enchante plus autant. Cela reviendra! Pour le moment, depuis qu’on a vandalisé ma nouvelle voiture, parqué devant la maison presque, je me sens violée en quelque chose, déstabilisée. Je gare ma voiture dans la cour, mais ceci n’a rien résolu de mes sentiments. Je parcours ma chambre avec plaisir, mais un peu de délectation profond manque. Je dois retrouver mes joies !

Retrouver mon plaisir. Retrouver des buts. Retrouver, trouver des gens avec qui interagir. Il y a les petits, Analyse et Lionel. Peut-être le stage d’écriture théâtrale de la semaine prochaine me fera du bien. Être entre d’autres, ayant les mêmes intérêts. De tout de façon, c’est un pas hors du brouillard, à travers le brouillard vers l’avenir.

Rien ne dure éternellement., mais...

Deux semaines plus tard

Rien ne dure pas éternellement. Ni bonheur, ni malheur.

Mes tulipes non plus, hélas. Depuis deux semaines ils resplendissent, se fermant la nuit et le matin, s’ouvrant au soleil d’après-midi qui les illumine, hier, un coup de vent très fort a commencé à les détruire. Heureusement, certaines ont résistées.

Après 30 degrés au soleil, ce matin était 8 degrés à l’ombre et de nouveau, je chauffe la maison.

Le e-mail de Bruce m’a fait beaucoup de plaisir. Autant qu’entendre le ton avec lequel Pierre me parla jadis. Je n’ai pas laissé une trop mauvaise impression à Bruce, s’il pense à moi la nuit quand il n’arrive pas à dormir, s’il a cherché me contacter après tant d’années. Je fais partie de bons souvenirs. Nicolas est venu, lui aussi, me revoir à Paris, il y a trois ans. Ils étaient donc attachés à moi, j’ai laissé derrière moi 'mieux que j’ai trouvé' ou au moins, un bon souvenir.

Le secrétaire de mon arrière grand-mère me sourit, me ravit. Je me suis arrangée une très plaisant chambre à coucher. Chaque objet a un poids, une raison d’être, me parle de quelque chose. Je les parcours de regard et je souris, heureux.

Je n’ai pas acheté les livres à la vide grenier, brocante pour presque rien. Victoria Holt en français m’apprend plein de mots, d’expressions. Elle écrivait un gothique avec talent.

Hier, j’ai travaillé toute la journée. En fait, c’est en 1999 que tout fut rompu entre 'Lui' et moi, le reste n’était qu’un répit, dû aux médicaments et à l’inertie. Mais peut-être, à l’époque 'le coup n’était pas complètement plein', il fallait le goutte qui le fait déborder.

Il n’est que cinq heures de matin, j’essaierai de m’endormir encore, mes yeux se ferment.

Le printemps est arrivé

30 mars 02

Demain, c’est Pâques. Combien d’années, depuis que je suis devenue femme, depuis que je ne suis plus vierge effarouchée? 43 ans.

Hier, j’ai visité l’incroyable expo Van Gogh - Gauguin. Je n’aime toujours pas Gauguin. Par contre Van Gogh ! Quelles couleurs incroyables, bleu, vert turquoise! Quelle force et expérimentation en même temps. Se recopier pour s’améliorer, essayer: est-ce cette couleur, irait mieux à côté de celui-ci?

Ils ont réussi à rassembler trois «Tournesol» de trois capitales du globe pour les placer l’un près de l’autre. Plusieurs Arlésiens aussi.

J’avais raison d’expérimenter sur l’ordinateur avec ses Irises, changeant les couleurs de fond.

Il a aussi copié un dessin en contour noir de Gauguin, lui rendant hommage, le transformant, l’humanisant, lui donnant vie à cette femme, vieille. «Notre œuvre commune», disait-il.

Copier n’est pas voler quand on y ajoute ce qui est en nous. On l’augmente. On s’y inspire. On le prend comme planche à sauter, on va plus loin.

Ensuite je me suis promené à Amsterdam, ses innombrables canaux, ponts, maisons à toits biscornues, pointues. J’ai pris des photos. Réussis ou non, j’ai admiré la profusion des bicyclettes, garés partout. Le fakir assis par terre, avant étaler ses biens, utilisant son téléphone portable. Les jeunes chauves buvant leur bière devant un café.

Je me suis imbibée de l’atmosphère de cette ville.

Au marché de fleurs, j’ai acheté deux racines de dahlias, puis, n’ayant plus d’argent liquide, j’ai admiré les tulipes de toutes les couleurs. Au marché des vieux livres, j’ai bouquiné un peu, mais réussi à résister à la tentation.

Revenant chez moi, mes lilas en pleines fleurs, presque toutes mes tulipes rouges, grand ouvertes m’ont souri, accueilli.

J’ai retourné à l’entré de la cour, prendre mon courrier. Deux livres, une grande enveloppe. Les papiers attendus sont arrivés : la demande de divorce est signée par «François». L’autre, ayant un autre nom, n’était, n’existait pas qu’en mon imagination.

J’ai lu rapidement, j’ai signé, mardi je le rendrai à l’avocat. Plus rapide que de le confier à la poste et risquer qu’elle s’égare.

Je voulais dire que bientôt le cercle se ferme. Mon divorce sera prononcé. Mais non. Le cercle se fermera avec la publication de cette livre. Ou une autre. Au moins, son écriture, sa préparation.

La vie recommence. Je voyage, je découvre de nouvelles choses. Vis pleinement, selon mes besoins, mes désirs.

« Cette vie est à toi !
Tu peux ! »

Le printemps est arrivé

Mardi, 26 mars 2002: nouveau carnet

Le printemps est arrivé dans mon jardin. Les lilas à l’odeur suave fleurissent. Trois tulipes rouges aussi et vingt autres s’ouvriront bientôt à leur tour. Les rezedas roux jaune resplendissent et des petites fleurs bleues. Le buisson jaune devant la maison de la voisine abonde, et nous avons échangé : j’ai offert des lilas qui a déposé à son tour devant ma porte des branches jaunes. Ils vont bien ensemble dans la vase en face de mon lit.

J’ai commencé à lire en cassette mon journal à partir «page blanche», un cas classique de harassement moral conjugal, tel décrit par le livre. Ce qui m’étonne le plus est que je croyais les premiers deux - trois cents pages écrits à la joie de l’amour, «Lui» enfin arrivés. Non.

Pratiquement dès le début, son côté "pervers" avait frappé. Dès la parution de l’article élogieux sur mon livre dans le Point et la nouvelle des rééditions de livre, il a commencé à rouspéter contre moi pour une chose ou autre, être de mauvais humeur. À chacun de mes succès, il trouva quelque chose de cinglant, critiquer, me rabaisser. Et rapidement, même devant d’autres personnes.

M’empêcher de collaborer avec l’auteur avec qui j’écrivais avant, sabotant tous les livres que j’avais en préparation, détruisant l’atmosphère lors les réunions avec mes enfants.

Comment ai-je pu me laisser aveugler ainsi contre l’évidence, malgré tout que j’avais écrit et me marier, me lier, continuer, durer?!

Il n’a pas réussi à me détruire, mais il a tout fait y parvenir.

Je viens de lire et lire. J’ai mal à la gorge. Rhume? Marrre? Je ne suis encore qu’à la page 75 de 500 !

Je suis revenu à la maison, j’avais oublié les lumières allumées. Heureusement, les petits réveillés à minuit et demi, après que leurs parents sont rentrés m’ont réveillé en pleurnichant.

J’ai pris une aspirine. J’écris. J’ai trouvé un merveilleux roman policier, si bien écrit! Demain je pars à Amsterdam en train. Aventure musée Van Gogh, surtout sortie, le premier voyage depuis six mois, signe : «je n’attends plus, je vis».

En 1986 j’avais découvert Spinoza et Durer. Ces jours-ci, nous regardons ces images avec Gabrielle qui aussitôt arrivée chez moi mercredi, demande : 'Montre-moi Dürer!' et elle déclare aussitôt qu’il voit son portrait «Ça, s’est Durer.» D’autres découverts m’attendent.

Non seulement auteurs, graveurs, peintres. Rencontres. Fleurs.

La rhubarbe de jardin a subitement poussé et ses feuilles ont grandi énormes sous les lilas. Bientôt, ce sera la tour des rosiers. De la lavande et du thym.

D’autres surprises, inattendues, m’attendent après le tournant du chemin de ma vie.