Je m'inquête encore de lui?

Samedi 27 octobre 2001

C’est pas normal. Moi, je m’inquiète de François, que lui est arrivé, pourquoi il se tait d’un coup, n’appelle plus personne, et lui continue à divaguer de plus en plus.

Sa dernière invention: je me suis allié avec son ancienne ex-femme contre lui. Comme dit sa fille «et tu n’as jamais même rencontré maman». C’est vrai, elle m’a toujours évité comme la peste.

Je ne veux pas appeler François, mais je m’inquiète ce qui lui arrive. Valérie, Lionel, Stéphanie, de leur côté, sont contents qu’il les ait laissés un peu en paix, qu’il n’appelle plus tous les jours pour parler et se plaindre sans cesse. Divaguer, de plus en plus.

En fait, je l’ai vu, il y a douze jours, Lionel l’a rencontré il y a une semaine à peine. Des choses curieuses arrivent, mais je peux seulement me l’imaginer.

Et hier, je me suis acheté une voiture ! Elle a moitié l’âge et kilométrage de l’ancienne. Ainsi Lionel et moi aussi aurons chacun une voiture. Ici, en banlieue, c’est utile d’en avoir. Pour manger, il n’y a pas beaucoup à faire, j’aurais pu me débrouiller bien sans. Mais les grands magasins sont plus loin et avoir un truc pour transporter est utile.

Hier soir, j’ai fait du garde d’enfant chez Lionel et Annelise, c’est bien de pouvoir être prête et disponible en quelques minutes. Vers minuit et demi, je n’arrivais pas à bien dormir, j’ai constaté qu’ils sont rentrés et je suis venue à la maison.

Chez moi.

J’aime être chez moi.

J’aime dormir, me réveiller chez moi.

Chez moi !

J'ai acheté ma voiture!

23 octobre 01

La première comparution devant le juge est dans un mois, le 22 novembre. Cela me parait si loin!

J’ai décidé de ne rien prendre de plus, ne pas le rencontrer de nouveau. Mais, outre que les étagères ou les fauteuils dont je peux me passer, il y a encore le livre de Durer en allemand que j’ai acheté avant le connaître. Et d’autres choses qui étaient près de mon cœur, qui m’étaient chères.

Hier soir j’ai acheté une voiture sur un coup de tête; coup de cœur? J’aurais dû l’essayer, mieux regarder, marchander : mes défenses sont en bas… Un 205 Peugeot automatique et si je me souviens bien, gris métallisé. En bon état, très bon état extérieur, malgré ses sept ans. Même si toutes mes économies y vont, j’aurai de quoi vivre, manger. Pour le reste, j’arrête les achats pour le moment. Et si j’aurai besoin, Lionel me prêtera.

Mon état psychique est lamentable. Il n’y a rien spécial à craindre, au fond, alors que m’arrive-t-il?

Je devrais partir de nouveau pour une semaine ou deux, m’éloigner. Où? D’où? Puis-je m’éloigner de moi-même?

2008: et voilà, j'ai la même voiture encore!

Je suis bien seule

18 octobre, vendredi

Depuis hier, j’ai le chauffage. Il marche! Il fait trop chaud même. D’ailleurs c’était juste le temps, dehors il est humide et frais. Pas encore froid. C’est un automne chaud qui a attendu que le chauffage à gaz soit vérifié et mis en route!

Chaque jour je range un bout, je lis (énormément), j’écris (pas encore beaucoup mais cela viendra aussi), je fais un peu d’Internet, je discute avec ma voisine, madame Filipetto, je fais des courses. Puis je recommence.

Aujourd’hui, je n’ai pas de voiture (hier non plus) et comme j’ai un rendez-vous à la banque qui n’est pas à la porte à côté, je devrais bouger un peu. Ou découvrir une voie pour y aller par bus. Les deux, en réalité. Pour le moment je n’ai plus de courage de ranger ni de bouger ou sortir. Ça viendra.

J’ai décidé mercredi midi de ne plus revoir monsieur que devant les autorités. Stéphanie me dit que c’est une décision sage, puisqu’il devient… malade, enragé pour de bon, en fait.

Soit disant, il m’a envoyé un cheque en euros, mais bien sûr, je ne l’ai jamais reçu. A-t-il demandé sa nouvelle «associée à mettre à la poste le chèque» (puisqu’il prétend de dormir seul quoique c’est toujours elle qui répond au téléphone), ou a-t-il inventé seulement qu’il m’aurait envoyé ce qu’il me doit? Où va-t-il le retrouver dans un coin quelques semaines plus tard.
(Ajouté plus tard : Il ment comme il respire.)

Je me suis rendu compte qu’il croit effectivement, au moins jusqu’il ne les retrouve, que tout qu’il ne trouve pas sur le moment, c’est moi qui le lui est prise ou caché. Pourtant, je ne suis pas retournée seule à Mont Cenis depuis début septembre, l’aurore quand je suis partie de là-bas. Il a hélas une imagination débordante et de plus en plus moche, ou de plus en plus malade.

Relativement à lui, Sandou s’est comporté comme un ange lors notre divorce comme un gentilhomme. Il espérait m’amadouer encore, c’est vrai. Mais même après. Les roses cueillis de la branche qu’il avait baptisé ‘ma femme’ sont beaux et surtout ont une odeur subtile, élégante, fin.

Je suis bien ici.

Je suis bien seule.

Finalement, c’est d’être seul, tranquille, qui m’a enchanté en avril dernier et pas le logement lui-même comme j’avais cru.

Mon nid

17 octobre 2001

Je me suis réveillée ce matin avec ce sentiment : la maisonnette est devenu dorénavant ‘home’, mon ‘chez moi’. J’avais oublié une de mes qualités: rendre une place, un lieu où j’arrive rapidement chaud, accueillant, agréable à vivre.

Hier je suis partie pour trouver de cash et pouvoir payer celui qui a réparé le toit et je me suis arrêtée au bazar arabe, juste pour regarder. Sur la table du premier étage, j’ai aperçu un tapis mise n’importe comment, probablement après qu’on l’a montré à quelqu’un qui n’en a pas voulu. Je l’ai ouvert: c’était exactement ce dont j’avais besoin pour le salon, 3 m sur 2. Les dimensions, les couleurs, tout allait. Combien? 300 francs. Trois cents? Oui, répondit-il m’épiant si je veux bien les payer. C’était moins qu’aurait coûté le nettoyage du tapis persan que madame Filipetto m’a incité à nettoyer moi-même et qui est dans la chambre à coucher. Une réussite.

Le tapis, acheté, aussi. Je n’en reviens pas encore. Un aussi beau tapis pour seulement ce prix-là! Et en plus, lavable. Durera ce que durera, mais il adoucit le salon, embellit la maison, ma vie. Les rend plus élégants, plus Julie, plus moi.

J’avais espéré hier d’avoir les étagères - bibliothèques de Paris, à la place, je me suis offerte ce tapis que j’ai porté aussitôt chez moi sur mon épaule. Enchantée, ensorcelé par lui. Comme il sied, sa grandeur est tout à fait ce qu’il le fallait. J’avais l’intention d’acheter un 2 X 2 mais c’aurait été dommage, il y a besoin d’un 2 X 3 dans cette pièce. Pas plus, à quoi servira de l’avoir sous le sofa et même impossible à cause du chauffage du coin.

Je me suis habituée avec mon duvet et j’ai même dormi cette nuit au milieu du lit. Quelle chance qu’il fait si beau dehors, si chaud relativement à la saison. Et demain, celui qui vérifiera et mettra en route le chauffage arrive.

François divague complètement de temps en temps, comme hier matin, puis il devient ultra aimable la prochaine fois. Maladie? Peut-être.

Une chance, que je contemple et entend tout ceci de loin.

Je souhaite du courage à celle qui me suivra. Si elle n’est pas complètement maléfique. Comment le savoir? Qui le sait? Je savais que François a besoin d’une ‘maman’, quelqu’un sur qui s’appuyer, qui l’admire en même temps et lui dit aussi que faire. D’un guide.

« Je ne voulais être ce guide-là » me disait-il relativement à sa première femme. Était-ce une ‘projection’? Ces derniers temps, il a projeté sur moi, de choses qui se passaient en lui, il a pu faire autant avec elle.

Bon, je vais récupérer encore ce que je peux et puis je le mets aussi loin de moi physiquement et mentalement que je peux. Je fais le point, pour le moment, oui, à chaud, pour aider à faire ‘mon deuil’ plus vite et ensuite je passe à autre chose.

Avoir une chez moi agréable, aide. Beaucoup.

Où que je sois, devient rapidement un vrai foyer.

Il prétend

16 octobre 2001

Je viens de parler avec François, il est encore, hélas, mon mari. J’espère pour pas trop de temps: il déraille complètement.

Il prétend que j’ai transféré dans un compte à moi tout l’argent de la succession venant de ses parents. Il prétend que c’est moi qui a provoqué et maintenu sa dépression en ne le laissant pas faire de travail intéressant depuis des années. Il prétend que j’ai prise à chaque fois que j’allais aux États-Unis de grands sommes en dollars pour lui donner.

Il prétend même que je n’ai pas voulu lui apporter le Laser Writer, alors que je venais lui dire que je lui porterais aujourd’hui. Je l’ai déjà préparé et mis dans la cuisine pour l’emporter.

Il prétend aussi qu’alors que j’avais plus de gains que lui (était-ce jamais vrai?) je ne contribuais pas à part égale à notre ménage. Il veut de l’argent, il veut récupérer, il veut vengeance.

Comment a-t-il pu en arriver là ?

Il est un salaud.

Pourtant, la plupart des gens me disent «ne fais pas attention à ce qu’il dit: il est malade.» Un malade a-t-il le droit de dire n’importe quoi?

Je suis hors moi, malgré tout.

Combien je me suis démenée pour qu’il économise son argent et ne le dissipe pas, combien je me suis démenée pour qu’il trouve quelque chose intéressant à faire, avant et après sa retraite. Combien je l’ai aidé! Combien peu d’argent j’ai dépensé à chaque fois pour moi, mes enfants. Combien j’ai eu soin de ne pas donner à mes enfants que de mes propres moyens.

Combien je l’ai soigné, et supporté, soutenu quand il se sentait en bas.

"Il est malade."

On peut tout se permettre avec ceci?

Il est un salaud! Comment je ne m’en suis pas aperçu avant?

Enfin, sur le web!

Le dimanche 12 octobre 2001

Hier je me suis fait des cadeaux : une imprimante couleur et un petit scanneur (que je n’ai pu utiliser encore) et une couette bien chaude pour le lit pour que je puisse rendre celle d’Annelise.
J’ai aussi travaillé : préparé le buffet, donné à manger au chat, acheté de la lessive pour madame Filipetto.

Enfin, j’ai aussi réussi à me connecter au web!

C’est désolant la lenteur avec laquelle il travaille et c’est ennuyeux d’attendre à chaque fois qu’une nouvelle page doit arriver, mais ça marche! Ça marche! Et j’ai écrit à plusieurs… Un jour, ils me répondront.

Ce matin, en parcourant de loin le courrier web de Mont Cenis, j’ai constaté que François ne me transmet plus mes messages, il ne les met pas non plus dans le dossier à mon nom. Tant pis. J’habituerai mes correspondants de m’écrire à Club Internet ou La Poste. J’ai actuellement trois adresses e-mail (quatre avec l’ancienne).

J’aurai dû emporter jusqu’à aujourd’hui (ou mettre quelque part) tous mes meubles et affaires d’après la convention que nous avons signée devant l’avocat. J’essayerai d’appeler François ce matin, sinon lundi Maître M. pour lui signaler qu’il faudra prolonger la séparation des « biens » à la fin du mois. Je pourrais aussi la considérer « fini » puisque ce qui avait été le plus important est déjà ici.

Je ne l’aime plus. Mais il m’est encore trop proche. Et tout cela me fait encore mal. Le « deuil » n’est pas encore terminé.

La visite de Michel a été décevante, sinon agréable. Il n’a pas admiré le Secrétaire et a dit seulement «en France il n’y a pas comme cela». Ce n’est pas vrai d’ailleurs, j’en ai vu un à Versailles, au petit Trianon. Bien sûr, Marie-Antoinette était Autrichienne comme ma Secrétaire. Il n’a même pas jeté l’œil sur mes livres. «Vous devriez habiter un studio à Paris». Non, merci. Je suis bien ici. C’est vrai que nous avons été surtout dans le jardin : hier il a fait un temps d’été, magnifique, été indien…

Hier ? Non, il m’a visité avant-hier. Enfin, pas important. Je me suis rendu compte qu’il est, comme je le supposais, une fort bonne connaissance, mais il ne me comprenne pas vraiment. Il a même fait des allusions, plusieurs fois, qu’il veut, lui, des voitures et femmes «vierges» et pas «utilisés, mis au rebut».

Nous n’avons jamais été autre chose que de bons aides l’un pour l’autre, sans rien que tâche notre amitié. Ce qu’il faisait entendre, m’a heurté pourtant.

Bon, c’était la première fois que je l’avais invité chez moi, alors, il a dû sentir la nécessité de préciser. Faire allusion. D’ailleurs, moi aussi, l’invitant s’assoire plutôt dans le jardin je pensais à la même chose, je ne voulais pas qu’il se méprenne de mon invitation, moi non plus. Et puis, il faisait si beau dehors!

Oui, le beau temps dure depuis quelques jours et chaque jour le soleil brille davantage. En moi aussi.

J’ai réussi à ranger une partie, d’écrire ou transcrire un peu plus, nettoyer, faire des achats, cuisiner, pleines de choses ! Bavarder avec la voisine, demander de l’aide au voisin d’en face. Faire savoir au chat de ne plus me visiter.

Me connecter aux autres par le Net.

Dormir. Même si par intermittence. Je me réveille. Je m’endors. Hier, épuisée, je me suis couchée à 7 heures et demie. Pourquoi pas? François aurait considéré «indécent», inacceptable. Maintenant, je me repose quand j’en ai envie, besoin.

J’ai dormi jusqu’à neuf et demi le soir. Puis jusqu’à trois et demi le matin. Puis, finalement, jusqu’à cinq. Petit-déjeuner, relevé du courrier Web (personne encore ne m’a répondu), puis retour au lit pour écrire ceci. Il est six heures et demie du matin.

Miracles

11 octobre 2001

J’ai fait un bain chaud hier après-midi qui m’a drôlement détendu. Après, j’ai pu travailler de nouveau.

Un miracle est arrivé : l’eau ne coule plus sous la baignoire! En plus, tout à l'heure, l’eau a dégringolé comme des seaux jetés du toit de garage et resté un temps devant la porte de la maison, mais n’est pas rentrée dans le salon à travers le toit! Deux miracles.

J’ai la journée d’aujourd’hui pour moi.
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Je viens de relire, feuilleter mes 11e et 12e journaux. Dès le début de notre connaissance les signes étaient là, sauf qu’on choisi à ne pas les voir, passer outre, essayer de les minimaliser tant que possible. Les supporter, ne pas leur donner leur importance.

Un des titres, avant celui de Nième chance du troisième partie de mes journaux était ‘devenir nous, rester soi’: est-ce vraiment possible?

Dimanche, 8 octobre 2001

J’ai ma voiture. J’ai le Laser Writer et j’ai déjà réussi à imprimer les derniers textes entrés en Mac. J’ai récupéré aussi les albums photos anciens de ma vie, mes anciens écrits et les copies de mes livres imprimés.

«Et puis, tu veux encore?» me demanda mon fils quand je voulais prendre aussi les cassettes vidéo (2007: hélas perdus pour toujours avec les voix de mes petits enfants aussi). «Tu veux aussi des choses de la cuisine, des étagères? Et ensuite, tu voudras quoi encore?»

Je voudrais surtout qu’aucune d’autre que moi ne touille pas dans mes écrits, mes papiers. Mes affaires personnelles. Ni la future «heureuse mariée de la 18e» comme se vante déjà François, ni lui.

Je suis sortie aujourd’hui de mes bonds.

François a prêté sans aucune liste tous nos CD's variété au fils de 'son amie'. Nos CD. Sans attendre que je choisisse, qu’on en discute.

Oui, c’est vrai, mes journaux et papiers officiels étaient les plus importants. Puis, les meubles de maman et sa grand-mère. D’accord. Puis mes livres. Mais est-ce veut dire abandonner tout mon ancien travail, mes anciennes choses rassemblés au fil des années?

Je pourrais vivre ‘sans’… beaucoup de choses.

Je pourrais lui rendre aussi la voiture qu’il ne sait pas conduire (2007: je lui a rendu), et qu’elle, sans papiers n’ose pas conduire au moins en ville; le LazerWriter qu’il n’a pas réellement besoin. J’ai lui est laissé sans même brancher ses orgues, son piano; plusieurs Mac entre eux, aussi celui de mes enfants; et l’imprimante couleur achetée récemment par Agnès et son mari pour moi. Beaucoup, et de bon cœur.

« Elle a beaucoup rangé ! » me disait-il.

Oui, avec ses mains sales fouillant dans mes affaires, c’est ce que je ressens.

Pourquoi elle y met le nez et moi je n’ai pas le droit de les trier?

Aujourd’hui, j’ai poussé ou frappé, François parce qu’il continuait à touiller et choisir dans mes papiers sur la petite table près du fauteuil, après que je lui ai demandé plusieurs fois de ne pas toucher là parce que c’étaient mes papiers, les derniers de travail d’avril.

Ce Pâques-ci, pendant qu’il était avec Sophie près de la mer, j’avais rangé l’appartement et j’avais réussi à le rendre de nouveau agréable et j’avais mis cette petite table près du fauteuil dans lequel assis, le Mac sur mes genoux je travaillais tout en savourant l’appartement rangé, tranquille, agréable. De nouveau à moi pour quelques jours.

Les étagères, je le voudrais récupérer aussi, j’ai tas des livres à ranger, mais dans cette petite maison où les mettre? Je prendrai ce qu’il voudra bien me donner… un jour. Quand il le voudra.

Je devrais me sentir divorcée, François bien remarié. Qui sait, il peut même être contant. Il est heureux qu’elle rouspète contre lui!

«Elle me dit ce qui ne lui plait pas et elle a une famille adorable qui m’accepte».

Au moins, il le veut ce divorce aussi vite que moi.

Ne pas entendre ce qu’il dit, comme m’a conseillé Stéphanie, Agnès, c’était impossible. Ne pas être heurté par ce qu’il suggère, aussi.

Il m’a parlé et heurté sans cesse pendant les trois heures que je récupérais mes cahiers et albums. Jusqu’à ce qu’il a réussi à me sortir de mes bonds. Ensuite, et cela en douce, sans que personne l’observe, il est fort dessus, il m’a très fort serré le bras, j’étais contente qu’il ne l’a pas cassé. Son regard m’avertissait, qu’il aurait pu, que je dois faire gaffe. Je suis partie, sans prendre tout. Je n’en pouvais plus.

Je suis enfin au lit, j’ai arrangé ce qui était le gros. Le reste, demain matin. Tant que je pourrais.

ça heurte encore

Simon, couché sur une femme sur mon lit pendant la party que je tenais. L’embrassant là, après avoir déjà, un mois auparavant, donné des baisers dans le parc à Edith, mon amie et avoir essayé de courtiser Alina devant moi.
« Parce que tu ne veux pas coucher avec moi !
Tu le fais, ou alors on rompe »

Sandou, partant en vacances seul, sans moi et nos enfants. En fait, avec sa maîtresse. Sandou, allant « travailler la nuit » douché, lavé, rasé de frais et en chemise blanche qu’il avait fraichement repassé. Sandou, faisant des plans pour le futur avec la très jeune fiancée de fils de sa cousine. Partant en Roumanie sans me prévenir qu’une demi-heure auparavant, me laissant avec Agnès camper près de lac de Garda, sans voiture, et sans m’embrasser avant de partir, quoique je l’avais suppliée. M’humiliant, déconsidérant, ignorant.
« J’ai le droit à ma vie !
Nous sommes mariés, mais
il n’y a pas contrat d’amour ! »

Paul, vers la fin, venait à la maison ivre ou drogué ou les deux et même, me faisant scandale, non seulement devant mes employés mais même devant un client. Paul, se réjouissant que j’avais envie de vomir quand le Mistral avait balancé l’avion près de Nice. Paul, demandant le vin le plus cher du menu, juste après que je l’avais prévenu que nous n’avons plus d’argent.
«T’étais méchante avec moi ! Tu m’a mis dehors de la société.»

En trois ans, est-ce Paul a travaillé plus de trois jours pour cette société? Contribué lui aussi à cet argent qu’on dépensait revienne aussi dans les caisses? Lui aussi partait de plus en plus vers les autres femmes.

François a tout fait, lui aussi, pour me pousser dehors. Même les inconnues du TGV l’entendant m’ont offert de témoigner de son ignominie envers moi. Quand il voulait envoyer 'mon journal' à 'sa passion de Canada', quand il m’avait accusé de n’avoir pas écrit qu’une partie infime de vérité et surtout m’affirmant:
qu’à travers Alina et son mari j’avais provoqué
"l’emprisonnement de beaucoup de gens,
mon père, la mère d’Edith, et encore des dizaines,"
j’ai eu vraiment MARRE.

Il avait dépassé ma capacité de compréhension, patience, tout.

N’importe, que je n’ai pas connu encore Alina quand mon père avait a été emporté, ni eu contact avec la famille d'Edith quand la mère d’Edith a été enlevés par la Securitate, mais soulever tout ceci, aller aussi loin! Touiller dans ce qui me fait le plus mal pour me persuader de ne pas visiter Alina en Roumanie, c’était trop. Je me suis levée à 5 heures de matin et dans la nuit profonde j’ai quitté mon logement, « notre foyer », pour toujours.

C’est près encore et ça heurte encore.

Un jour, je sortirai de mon trou

Tout a basculé

Mettant ce que j’avais écrit au fil des années sur papier, non, transcrivant de mes cahiers dans mon Mac, je voudrais comprendre comment et pourquoi ce qui a pourtant si bien commencé a basculé.

Le docteur généraliste de Paris m’avait aussi prévenue que cela va mal se terminer pour lui, qu’il ne voit pas comment l’aider. Il a eu des cas semblables dans lesquels il était impuissant. Il m’avait dit que c’était grave, ses symptômes de l’impossibilité d’adaptation après son retrait.

Est-ce tout?

Il était mal à l’aise depuis lors. Qu’est-ce que l’a fait basculer? Précipiter en bas? Le pousser à me rejeter, me diaboliser? Pour justifier sa fascination avec l’une, l’autre, les autres?

En fait, à chaque fois, j’ai tenu plus longtemps que humainement possible.

Pour Simon, Sandou, Paul et, aussi François maintenant. J’avais cru jusqu’ici que c’était moi qui les avais quittés. Oui, mais seulement après, même longtemps après qu’ils avaient auparavant tout fait pour m’y pousser.

Tiens, c’est le sujet d’un livre! Étudier ce mécanisme. Y réfléchir. Plus tard. Écrire me fait du bien.

J'ai envie de me cacher dans un trou, pour le moment. En sortir rarement avec seulement l’esseulée madame Filipetto, ma voisine de quatre-vingt-dix ans, venant me visiter et Lionel m’appelant au téléphone.

Un jour, je sortirai de mon trou. `

Il me faudra ce temps, ce calme. Le temps arrêté. Sans télévision. Je n’ouvre pas le radio non plus.

Je vais aller au dentiste, essayer de résoudre les choses les plus urgents pour la maison. Le toit. Le chauffage. La plomberie.

J’ai l’impression du miracle: pour le moment il ne pleut plus dans le salon, il ne coule plus goûte après goûte sous la baignoire non plus. Qu’est-il arrivé?

Et faire nettoyer les tapis que j’ai trouvé dans le garage. Remettre une ampoule neuf dans la chambre. Peut‑être même, acheter une armoire pas trop grande.

La chemise de nuit de satin bleu claire avec des grandes fleurs roses et bretelles minces est la preuve me rappelant qu’en juillet, quoique j’étais déjà furieuse contre François et aussi inquiète, je ne pensais pas encore à la rupture. Au contraire, je me disais que je lui plairais dedans : je l’ai acheté pour cela.

Entre nous, tout a basculé définitivement pendant les deux semaines de vacances de Lectoure en août, les dix ou douze derniers jours. «Est-tu CAP?» capable, ose-tu? le larguait à l’époque de ses 11 à 13 ans une fille violée depuis sa petite enfance par son père. À l’époque, François, l’enfant, n’était pas Cap, n’osait pas. Il voulait maintenant démontrer qu’il était devenu capable de n'importe quoi.