Dans le bains me jeter
Les autres soutenir, même aimer
Écouter et parler, parler puis écouter
Conseiller, palabrer, convaincre et chanter
Puis enfin, tous nous retrouver
Nos expériences avec les autres partager
Un nouveau regard sur eux jeter
L’opinion des autres solliciter, écouter
Nos actions futures repenser
Nos pratiques discuter
Une autre lumière y projeter
Une nuit sans sommeil,
Sans cesse me tourmenter
Ce que je viens d’écrire
N’étant pas prêt, puis-je vous présenter ?
Je me suis décidée
Dans le bain me jeter
Mais pour demain, vos vers à vous
Solliciter.
J’aime les récits qui se terminent bien
Je ne bois pas, ne fume pas, ne me drogue pas, ma drogue à moi ce sont les livres. Ils m’apportent une autre vie, des rencontres inattendues, des difficultés vaincues, des malentendus dissipés, d’amours retrouvés et stables.
Recettes classiques, mais chaque fois, ils marchent de nouveau. Avec moi, ça court, même ! Ça me repose, me ressource, me rend l’espoir, la force de lutter, me rebiffer, espérer.
Depuis que j’ai mon « Happy End » et je suis l’heureuse épouse de François, je lis moins, j’écris plus. Lire de « Romances », comme on appelle en anglais les livres d’amour « à l’eau de rose », ne m’a jamais empêché de lire autre chose aussi. Mais un vrai, bon, grand livre, on ne le trouve pas si souvent. Profond, vrai, entraînant en même temps. Puis, on peut apprendre sur la vie aussi du bons romances.
Saurais-je écrire un roman d’amour romantique ? Voudrais-je ?
Transformer le journal, le rendre plus entraînant, saurais-je ? Voudrais-je ?
Les platanes
Il est en train de jouer dans l’église, je suis en train d’écrire dans le café, mais nous sommes ensemble quand même. Il est toujours avec moi, je suis toujours avec lui. On se tient la main, on se donne courage.
Entre notre maison, le vieux maison de campagne, une ancienne grange, il y a plusieurs routes possibles vers l’église mais je choisis le plus souvent celui qui nous fait passer sous les platanes. Deux à trois kilomètres entourés des hauts platanes magnifiques.
De mi-printemps à mi-automne, la route est en ombre, les branches des deux côtés de la route se rejoignent, forment une voûte et nous passons dessous avec la voiture que je conduis. Comme dans une de mes rêves d’enfance, sur la route cachée par la voûte des branches et avec le prince me tenant la main.
La première fois que nous sommes passés, tout en conduisant j’ai saisi la main de François, je lui ai souri heureuse et je lui ai raconté mon rêve. Depuis, si j’oublie, c’est lui qui met sa main sur la mienne et me souri avec chaleur. Et cela dure, année après année, saison après saison.
Lentement, vers l’automne, les platanes se déshabillent l’un après l’autre. Leur tronc couvert laisse apparaitre une chaire blanche comme celle d’une jeune fille nue. Puis, les abords se colorient des feuilles rouges jaunâtres tombées par terre, volant dans le vent, et l’hiver arrive lentement. Les platanes majestueux dans le brouillard me font peur, rappellent nos âges. Mais eux, ils renaitront au printemps ! Moi… pourtant, j’ai des enfants, c’est leur printemps, c’est leur été maintenant. Et l’enfance de mes petit-fils découvrant les arbres de leur jardin pour la première fois.
Les platanes sont beaux et changeants dans chaque saison.
En traversant le chemin, je suis surprise chaque fois par leur richesse, comme je suis surprise par la richesse, les profondeurs découvertes dans mon mari. Et lui, par les miens.
Nous continuons notre chemin, ensemble, et j’espère, encore fort longtemps. Dans nous, le souvenir de nos arbres, nos rêves. Aujourd’hui retrouvés. Nous sourions l’un à l’autre, rajeunis dans l’assurance de l’amour, de compréhension.
Nous allons nous promener ensemble, découvrirons d’autres arbres qui nous attendent.
Chacun est centre
Chacun de nous est centre aux réseaux d’échange des savoirs.
Moi, je m’occupe de comprendre, puis informatiser, informer. Avec tous autour de moi. Colette conduit la groupe cuisine et le centre social. Maria a une action indispensable avec les comptes, banque, finance. Thérèse tient la mémoire des réunions et le contact avec les associations. Anne Christine tient le réseau d’enfants et le contact avec les enfants de quartier. Aliette le groupe d’écriture, avec Jean-Pierre et Marc. Hervé avec le groupe d’anglais et le chant.
Chacun de nous est centre.
Ses centres se rencontrent quelquefois plus près ou plus loin, amicalement ou en se heurtant, séparément ou en collaboration ou parallèlement.
Ensemble, nous animons le réseaux.
Julie, j'ai peur
17 janvier 1997
– Julie, j’ai peur.
– Je comprends.
– Je suis tellement perdu.
– Je le tiens fort, plus près de moi.
– Tu m’as tellement, tellement, tellement apporté ! Tu m’as changé, tu as changé ma vie. Me l’a rendu une autre, tellement différente.
– Toi aussi.
– Tu parais tellement jeune.
– Quand tu me rends heureuse. J’ai du plaisir de sentir, pouvoir aider.
– J’ai peur, Julie. J’ai eu encore de la fièvre.
– Depuis des années, déjà, tu as des coups de chaleur la nuit.
– J’ai peur, je me sens perdu.
– Je comprends. Cela aussi peut provoquer une malaise.
– Je ne sais plus que faire… Je n’ai jamais su choisir.
– Je comprends
– Chaque déchirement de ma vie
– Te revient en mémoire. La fin de ces années de travail est le plus dure.
– À chaque autre, j’avais tout de suite autre chose à faire. Même en Algérie. C’était horrible. Mais cela m’occupait.
– Je comprends.
– Maintenant, j’ai envie seulement de rester au lit, regarder la télé.
– Tu as besoin de repos.
– Tu me donnes tant de confiance, c’est tellement bon avec toi ! Peut-être devais-je…
Et il repart à parler de l’informatique avec une voix enfin normale. Pour le moment, le gros chagrin s’est éloigné.
Nous sommes bien ensemble.
– Julie, tu sais. Ce sourire, ton sourire de matin, la façon que tu me regard quand j’ouvre les yeux, m’éclaire la vie. C’est bon d’être amoureux de cette dame.
– C’est bon d’être amoureux !
Remonter le moral.
Remonter la pente.
Dans les moments difficiles, je trouve toujours le conseil qui apaise mes angoisses ou m’aide à me décider dans les livres. Pourtant, il y a des matins, comme celui dont je vous parle, où l’on se sent brusquement un peu perdu et l’on commence à se poser des tas des questions inutiles sur l’avenir.
Je me lève, je me secoue et je me chuchote :
« Julie, ce que tu as, tu l’as cherché… Alors, pourquoi te plains-tu ? Et puis, rappelle-toi… »
– Ça va ? demande-t-il.
– À peu près…
Une fois encore, l’occasion m’était offerte de recommencer ma vie.
On est resté un moment sans rien dire et déguster le cacao chaud.
On a souvent besoin de l’approbation des autres pour se donner raison.
Et il est d’un tendre…
J’étais si totalement perdu dans mon passé, que je n’écoutais guère François et mon mutisme aurait pu le vexer, mais il parlait tellement qu’il lui était impossible de s’apercevoir de mon silence, donc de s’en offusquer. Le sentiment de mon impuissance m’écrase des fois.
Où est ma joie de vivre ?
C'est fini!
Julie est François dorment dans le bras l’un de l’autre. Chaque fois qu’ils tournent, c’est l’autre qui entoure des bras. Les nuits d’hiver sont longues, cette nuit de fin décembre parait sans fin.
Aujourd’hui, il a mal dormi. Trop de soucis. Il s’est retourné sans arrêt. Elle n’est pas trop dérangée. Qu’elle l’entoure ou c’est son mari qui l’enlace tendrement, elle se rendort rapidement chaque fois. Ce qui la soucie est la cause de cette agitation, la cause de cette fatigue de François, la cause de cette réponse à ses questions.
Il avait dit le soir :
– C’est fini.
– Quoi ?
– Tout.
Comme d’habitude, elle s’est réveillée tôt. Dehors il fait encore nuit, mais ce matin, il restera ainsi encore longtemps. Elle n’ose pas se lever, il se réveillerait. Elle n’ose pas trop bouger, non plus. Mais elle ne trouve pas sa place : à gauche, à droite, sur le dos, pas de repos, de tranquillité.
Que faire ? Comment l’aider à s’en sortir ? se demande-t-elle.
J’ai pris ma retraite avant lui, se dit-elle. Je me suis souciée, tourmentée aussi. Avant de partir de mon travail, j’avais senti un tel déchirement. Je savais qu’il y aura quelque chose d’intéressant, une merveilleuse surprise m’attendant après le coin. Mais c’était dur, même avec mon optimisme. Je ne voyais pas à travers, tout était noir. Tout était dans le brouillard. Et puis, seulement trois semaines après mon départ, je me suis mis à écrire, traduire, me souvenir, - pour passer le temps en attendant le miracle. Je me suis d’un coup rendu compte qu’il était déjà arrivé. Écrire, me faisait un infini plaisir.
Depuis, j’ai eu des hauts et des bas.
Des handicaps de langue, grammaire. Le plaisir de mes lecteurs. Les découragements dus aux critiques. Des ravissements dus aux regards d’autres ici et là.
Tout cela c’est passé finalement sans grande secousse. J’ai trouvé ma nouvelle voie. Puis, quand il fallait, aussi une autre avec mon travail volontaire aux réseaux d’échange de savoir et tous les merveilleux êtres rencontrés à cette occasion.
François est déjà trois mois après sa retraite et de plus en plus mal à l’aise. Et pourtant, il a mieux préparé sa retraite. Je ne parle pas de sa pension, triple du mien, ni de sa maison payé déjà tout à fait. Mais même pour l’activité future, depuis une année déjà, nous avons commencé à nous préparer.
Oui, juste le Noël dernier qu’on avait assisté à la messe de minuit à Crécy, il s’est présenté à l’organiste et a demandé : « Puis-je jouer quelquefois ici ? participer ? »
Ce Noël-ci, François a joué dans une autre église, avec un bel orgue ancien, il a joué toutes les messes comme l’organiste de la paroisse, il a plusieurs différents orgues à sa disposition.
Il aime la musique, le chant, le piano, l’orgue, comme moi j’aime les livres, l’écriture. J’espérais que cela l’aiderait dans le changement de sa vie.
François n’arrive pas à se détacher de son métier, le même métier que j’avais les quinze dernières années, lui l’a pratiqué depuis trente-cinq : l’informatique. Il a continué à offrir des conférences, des ateliers à l’Université, aussitôt qu’il avait pris sa retraite. Au début, il était enchanté : plus de quarante étudiants sont venus l’écouter. Puis, ils se sont effrités. La dernière fois, il y a eu seulement deux personnes à son cours. Il est découragé.
Il court d’expo en expo, parle, discute avec les exposants, leur explique ses points de vue, ses vérités sur le futur, leur offre son aide, ses conseils. Ils ne le relancent plus. Ils ne veulent même plus lui parler. Il est de plus en plus découragé.
Il continue l’orgue, mais la musique ne lui fait plus tant de plaisir qu’avant - et, de toute de façon, avec son intelligence bouillonnante, son énergie habituelle, il veut autre chose aussi. Mais quoi ?
Se tourmentant les nuits, se tourmentant les jours, il devient de plus en plus fatigué, il devient malade.
– J’ai mal !
– Où ?
– Partout. Ça va mal partout, dit-il.
Quand il a mal à la tête, quand il a mal aux intestins, quand ses os lui font mal.
– Tout s’en va, affirme-t-il de plus en plus souvent.
Finalement, à la longue, il a réussi à me décourager moi aussi. Ma tête tourne, je sens m’en aller, tout m’est égal. Rien ne va plus.
Il vient de se réveiller.
Je me plains :
– Je te comprends aujourd’hui. Ce n’est pas la peine de continuer à lutter. Disparaissons, ensemble.
Aussitôt, il m’entoure de ses bras tendrement. Il devient subitement fort. Il se lève, prépare le petit–déjeuner. Écoute le dernier récit que j’ai écrit. M’apporte le déjeuner au lit, exceptionnellement. Me sourit.
– Je me sens bien d’un coup. Nettement mieux.
– C’est moi, maintenant…
Mais depuis le déjeuner au lit, les caresses et tendresses de François, le voir redevenu fort, soucieux, amoureux, se sentir choyée, je me sens moi aussi nettement mieux.
Les soucis ne sont pas disparus, le nouveau chemin de François n’est pas encore sorti de la brume, mais le soleil sourit de nouveau, même si c’est le soleil froid, dur d’hiver.
Nous sommes ensemble, c’est le principal. Vraiment, vraiment ensemble ! se disent-ils en eux-mêmes puis aussi de haut voix. Et, ça, c’est vraiment bon !
– Je n’ai plus envie de rien. Ça n’est pas à cause de toi.
– Si. Je me suis complètement appuyé sur toi, dit-il.
(Oui, Avec ses cent kilos et ses énormes soucis, me dis-je).
– Non, ce n’est pas pour ça.
– Si, si, si, si, si. J’étais perplexe pour ça, et autre. Perplexe, et je ne me suis pas occupé de toi. Il l’attire contre lui et continue: Je ne sais que faire. Mais en reposant, je vais mieux, ma santé s’est améliorée.
C'est bon?
– C’est bon ?
– Tu me fais tellement de choses !
– C’est tellement bon toi, Ma dame.
– Vous aussi, Mon sieur. Jamais avant… C’est bon, tout ça, si bon. Hmm
– C’est vrai ? Vrai, vrai, vrai ? Eh, ma bonne Dame, je suis si bien près de vous.
– Et moi !
– Julie ! C’est vraiment bon ça !
– Ce quoi ?
– Se sentir si près, tête sur l’épaule, caresses. (Se frôler)
– C’était vraiment bien tout à l’heure.
– Hmm. Alors, c’est un bon mari ?
– Hm.
– Aha !
– Tu sais, aujourd’hui, je te sens… Ou alors, c’est tes mains? C’est bonne cette femme, alors?
– Non, ce n’est pas bon. (Longue pause dramatique.) C’est extra.
– Ah.
– C’est tellement bon avec cette Dame, Ma dame.
– Hm.
– Madame, c’est bon d’être ton mari. Hm ?
– C’est merveilleux avec vous, mon amour.
– Julie !
– Hm ?
– J’ai tellement, tellement besoin de toi !
– Que c’est bon d’être ensemble !
Dans l’ascenseur
- Et maintenant, viens voir Paris de haut ! dit-il.
- C’est belle la vue d’ici, c’est belle la vie avec toi.
- Tu m’as rendu la vie, répond-il.
- Tu sais, lui sourit-elle, se collant à son mari, son amant. Ton baiser, m’a fait…
- Je sais, répond-il fier et comblé. Viens, on le reprend, rentrons à notre étage. Tu verras !
Elle lui sourit. Elle se sent si bien dans sa peau, si heureuse, si jeune. Est-ce possible qu’elle a deux fois trente-trois ans? Est-ce possible qu’à moitié de son age d’aujourd’hui elle se soit sentie déjà vieille?
- Tu m’a rendu ma jeunesse! dit-elle.
- Tu m’a rendu l’espoir, le monde s’est ouverte, mes yeux voient différemment. Je croyais que je ne peux plus…
- Je croyais que je ne veux plus…
- Et pourtant!
- Que c’est bon ensemble.
Encore une longue, tendre, profond baiser.
Les doigts de musiciens de François jouent comme un instrument sur le corps de sa femme. Sa barbe blanche frôle son visage, ses yeux bleus chauds le caressent d’un amour chaleureux, d’un amour reconnaissant.
- Que c’est bon, ma belle dame ! C’est bon, toi.
- Viens, mon amour. Peut-être, quelqu’un attend l’ascenseur, dit-elle.
- Mais ça a marché, encore! Le baiser dans l’ascenseur, répond–il avec des yeux étincelants.
2007:
J'ai hésité, dois-je la laisser ou non?
Il avait 70 ans et moi, 66 déjà. Oh, oui, nous avons eu aussi des bonnes moments.
Je laisse ce texte, puisque j'ai longtemps ressenti qu'en montant si haut, c'était presque naturel qu'à partir de là, notre couple a descedu de plus en plus bas.
plus tard: en fait j'ai ajouté ceci dans un moment un peu déprimé, pourtant il ne faut pas renier les bonnes moments! il faut les vivre pleinement, c'est tout à fait vrai.
L'avantage d'écrire aussitôt, et pas une mémore plus tard, et d'y être dans le moment et ne pas se rappeller seulement des certains aspects du passé, je lui dois beaucoup: il m'a toujours encouragé d'écrire
Signes de l'âge
À 65 ans, elle se regarde en miroir : les cheveux blancs, oui, mais son mari aime ça ! Depuis cinq ans, elle ne les cache plus. Pas de rides, mais trop grossie, seins tombés et oui, sur ses mains (sinon le visage) les rides trahissent son âge. Qu’importe ! Quand son mari la caresse, elle devient lumineuse, rayonne, elle retrouve son visage de jeune femme comblée.
De temps en temps, le miroir m’effraie, quand je suis fatiguée, irritée, une vieille sorcière se reflète dedans, les années de malheur, souffrance et désillusions ont laissé aussi les traces sur mon visage. Rapidement effacés sitôt que je pense à François, à mes enfants et petits-enfants. Sur cette photo avec mon premier petit-fils, Alexandre, j’apparais si jeune, si plein de bonheur, si rayonnante !
« La calinothérapie est meilleure que tous les crèmes », affirme François. Il a raison.
Signes d’âge ? À 65 ans, elle se sent mieux dans sa peau qu’à 35 ans - il y a trente ans.
Signes d’âge? Une démarche plus lourde, les cheveux blancs, des os fragiles, une expérience à partager.
Signes d’âge? Une jeunesse et joie retrouvée. Faire l’amour dans la forêt, nager nue dans la mer, s’embrasser dans la rue ou l’ascenseur. La vie est belle avec François. Jeunesse, rêves retrouvés pour les deux.
Signes d’âge? Rhumatisme, crampes soudain dès réveil, fatigue plus rapide, les yeux ont besoin de lunettes pour lire ou écrire.
Je dis en souriant au miroir et à François : «Près de toi, je n’ai pas peur de vieillir!»
Et François ?
Vieux déjà à trois ans, il s’est senti revivre, jeune entre vingt et vingt-cinq ans. Beau jeune premier, étudiant excellent, chef de chœur, meneur de bal, tombeur de filles. Puis, esseulé, piégé, obligé de se marier, un premier enfant « né trop tôt ». Sa femme l’adore au début, puis elle s’attache ailleurs où on lui dit que faire, s’engourdit de plus en plus dans une secte. Il désespère, grossit, se perd dans son travail. Il se sent fini, épuisé. Il divorce.
« Ma vie est finie » se disait-il à 45 ans.
Une jeune étudiante s’est attachée à lui, elle avait un petit-fils à élever, comme le jeune garçon mort de François. Mais rapidement, elle le regard comme « vieux » : il le devient. Que faire? Rester à côté d’elle, volage? Impuissant. Est-il vraiment? Elle le quitte, pourquoi?
Voûté, ses dents tombent les uns après les autres.
« Personne ne veut plus de moi? » Minitel. Messagerie rose. L’argent qui s’en va, argent emprunté. Dettes. Presque plus des élèves non plus.
Rencontre avec Julie. Elle me regarde avec des yeux… Est-ce encore possible? Je me fais des rêves de nouveau!
- Tu sais, je suis vieux, à mon âge, me disait-il, au début.
- Non, tu n’es pas vieux, répond-elle.
Il regagne sa vigueur, son dos se redresse, sa démarche change. Il se fait de nouveau dents, regagne confiance.
Au fil des années, il commence à y croire.
Embolie. Hôpital. Réanimation. Il en sort à 65 ans avec une barbe nouvelle, un nouveau sourire, la vigueur retrouvée.
« Que c’est bon la calinothérapie ! »
Stéphanie avait raison disant : « L’important est de ne pas mourir avant de vieillir ! rester jeune dedans. »
Je me souviens, se dit François, quand je l’ai connue, la peau de Julie était rêche, maintenant elle est devenue douce à caresser, douce à force d’être caressé. Elle même, raide, distante au début, est devenue chatte, murmurante.
Que sa peau est douce quand je me mets tout près de lui, quand il m’attire plus près, se dit Julie. Que ses yeux étincellent. Caressent.
Que sa voix est caressante le matin quand il me demande :
« Alors, cet homme te va ? » et me serre d’avantage contre lui et ajoute : « Ma dame, c’est bon de se réveiller avec toi! »
À 65 ans, quand il la caresse, ils sortent d’elle des sons qu’elle n’ait jamais osés : lui aussi gémit de plaisir sous les caresses. Ses doigts de musicien, d’organiste, pianiste, savent aussi jouer sur cet instrument si sensible, si « responsive », d’après lui, d’après elle aussi, plus que jamais son corps répond.
Noël arrive, les enfants filment, montrent la vidéo.
Je suis atterrée «Est-ce moi, cette vieille voûtée?» Pas possible! Mais je reconnais des autres pourtant. Puis ma petite fille par alliance se lance dans mes bras avec une grande sourire, une énorme confiance et tendresse. Elle me voit tel que mon mari, elle sent ce qui irradie de l’intérieur.
Je n'ai rien reçu
15 janvier 1997
Je n’ai rien reçu
Je suis déçue
J’ai envoyé
Avec amitié
Je suis déçue
N’avoir rien reçu
il s'agissait des cartes de nouvel an